‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 57 sur 101 · stibiion: harmoniche, IT, chap. Lvru · texte numérisé non relu

stibiion: harmoniche, IT, chap. Lvru

k. Melopæia (1592), chap. nr 5. Les Œuvres de Guillaume de Saluste, S' du Bartas, Paris 1611.

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En un autre lieu, le même poète nous présente ces éléments qui forment « le discordant accord, la sacrée harmonie :

Or tous ces contr'accens enchanteusement doux

Plus clair que dans le ciel s'entendent parmy nous. ‘ La plus pesante humeur, l'hyver, la terre basse Vont tenant la partie et plus lente et plus casse,

Le phlegme blanchissant, l’humide automne et l’eau, La teneur qui tousjours coule comme un niveau.

Le sang, la prime et l'air transparentement rare,

La voix qui fleuretant se peint, se tord, s’esgare.

La cholère, l’esté, l'élément sec et chaud

La chorde plus tendue et le son le plus haut 1.

Cette triple comparaison des différentes voix avec les quatre humeurs, les quatre éléments et les quatre saisons n’est pas sortie de l’imagination de du Bartas. Les théoriciens eux-mêmes l’admettaient. Quelques mots de Glaréan ? s’épanouissent chez Zarlino en un long paralièle entre les parties de la musique et les éléments : on reconnaît là, chez le maître de Venise, ce culte de la nature qui se manifeste si souvent dans ses écrits. Le soprano, pénétrant comme le feu, l’alto, qu'il convient d’assimiler à l'air, puis, plus dense et de cours bien réglé, le ténor, pareil à l’eau, enfin la basse, lente et ferme ainsi que la terre, laquale per sua natura é immobile, s'unissent dans le corps sonore, de même que les quatre éléments se mêlent dans tout corps.

Mersenne consent encore à reproduire, tout au long, cette comparaison, qui est une si belle ressource pour le développement littéraire. Bien qu’il soutienne qu'il n’y a « que trois parties différentes dans la musique, puisque la quatrième, cinquième et sixième ne sont que la répétition des trois premières », et:bien qu'il assure que, pour cela, plusieurs préfèrent les trios à tous les concerts de plusieurs parties, qui font « plus de bruit et de confusion que de diversité et d’harmonie » #, 1l se plaît à cet étalage de physique oratoire et de science puérile : « Plusieurs comparent les quatre parties de la musique aux quatre élémens, parcequ'elle en est composée, comme le monde est composé de.

1. Les Œuvres de G. de Saluste, etc. (1611). Les Colomnes, p. 283, 2. Après avoir énuméré les quatre parties. Glaréan écrit: Ex his itaque quatuor vocibus, tanquam ex quatuor elementis corpus mixtum

(Dodecachordon, 1547, IH, chap. xmi). Lx 3. Harmonie universelle, liv. de la Composition, p. 212.

quatre corps principaux, et disent que la basse représente la terre qui est stable, et la plus ferme, que la taille représente l'eau qui coule doucement sur la terre avec laquelle elle ne fait qu'un mesme globe, comme la taille ne fait quasi qu'une mesme chose avec la basse, dont elle fait la fonction toutes et quantes fois qu'il ne se rencontre point de basse ; de là vient qu’on la nomme basse faille : la haute-contre a mesme rapport au dessus que la taille à la basse, c’est pourquoy on la compare à l'air, parcequ'elle s'insinue aisément dans toutesles autres parties, comme fait l'air dans les autres éléments : mais Le dessus est comparé au feu, d'autant qu'il est pointu, et aigu comme luy, et qu'il a ses mouvemens plus vistes, et plus légers que les autres parties. Je laisse plusieurs autres comparaisons que l’on peut faire de ces quatre parties avec les quatre saisons de l’année 1... »

Près de vingt ans après la rédaction du Compendium,Mersenne accueille encore ce parallèle que, dès sa jeunesse, Descartes a rejeté. Descartes ne prend en effet à Zarlino que la substance positive de ces variations de rhétorique, où l'amour de la nature est interprété avec l'esprit du moyen-âge : d'une part, il émonde le texte verbeux de Zarlino de tout ce qu'il contient de trop imagé, et, de l’autre, il y ajoute des conclusions que, tout à ses rêveries, le contemplateur de la Gran Madre avait oublié de tirer de ses prémisses quasi lyriques. Pour tous les deux, c’est sur la basse que la composition se fonde. Hæc præcipua est et maxime aures implere debet, quia omnes aliæ voces illam præcipue respiciunt, cujus rationem supra diximus?. Descartes, nous le savons, a déclaré que le son grave contient le'son aigu ?. Dans sa correspondance, il réserve aussi la primauté aux sons profonds, et il en explique les fonctons : « Selon diverses considérations, on peut dire que le son grave est plus son que l’aigu, car il se fait par des corps de plus grande étendue, il se peut entendre de plus loing, ete. Mais il est dit fondement de la musique, principalement pour ce quil a ses mouvemens plus lents et par conséquent qui peuvent estre divisés en plus de parties ; car on nomme fondement ce qui est comme le plus ample et le moins diversifié, et qui peut servir de sujet sur lequel on bastit le reste, comme les premiers traits d'un crayon peuvent estre dits le fondement d’un portrait, encore

1. Harmonie universelle, liv. de la Composition, p. 212. 3. Compendium, p. 5.

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qu'ils semblent moins paroistre que ce qu'on y adjouste par après avec les couleurs vives!. » Il ne fait donc que redire, en d'autres termes, et avec d'autres comparaisons, ce que Zarlino avance: Et si come la Terra è posta per il fundamento de gli altri Elementi, cosi il Basso hà tal proprietà, che sostiene, stabilisce, fortifica et dà accrescimento alle altre parti ; conciosia che à posto per Basa et fondamento dell Harmonia ; onde è detto Basso quasi Basa, et sostenimento dell altre parti. Ma si come averebbe, quando l’Elemento della terra mancasse (se cio fusse possibile) che tanto bell ordine di cose ruinarebbe, et si quastarebbe la mondana, et la humana Harmonia ; : cost quando ’l Basso mancasse, tutta la cantilena si empirebbe di confusione et di dissonanza, et ogni cosa andarebbe in ruina.

À mesure que le xvi* siècle s'écoule, la basse prend de plus en plus d'importance. La citation de Zarlino que nous venons de lire est de 1558. Glaréan écrivait dans son Dodecachordon (1547): Basis vero, quod in eam. tamquam in fulcimentum omnes inclinent voces, secundum artem suam invenit appellationem. Ubi enim in concentu ea vox minus firma fueril, hi reliquæ voces omnes evanidæ apparent... nec majestatem ullam habere possunt *. Dans les chapelles, où l’on se faisait gloire de posséder de ces voces taurinæ que François [® s'était plu à entendre, les motifs principaux des motets étaient, vers 1600, chantés par les basses. Elles exposent le thème liturgique dans un Tantum ergo de Vittoria, dans l’Ave regina de Gregor Aichinger “. Pour donner plus de vigueur aux pesantes notes, l’usage s’introduit d'adjoindre, aux voix graves des maîtrises, le serpent Ÿ. Les or-

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