Compendium, p
continendum varias cantilenas, quæ diversimode nos afficiant,
pro modorum varietate.
Par sa brièveté, Descartes évite de se compromettre. Les musi-
ciens de son temps diseutaient avec passion sur les modes: le
nombre, l’ordre, le nom des modes faisaient l'objet de controverses sans fin. Quelques-uns n’admettaient que huit modes correspondant aux huit tons de l'Église. Gregorius Faber, dans son traité de 1553, ne parle que de huit modes, tout en acceptant les démonstrations de Glaréan qui en compte douze: 1l remarque, en effet, que les musiciens de son temps ne se sont servis que de huit modes, dans leurs compositions « figurées » !. Pour Beurhusius, il y en a octo præcipui (1513) ?. Claudin le Jeune, dans son Dodecacorde, adopte, comme le titre en témoigne, la série des douze tons (1598) *, et Charles Guillet, en 1610, publie une série de Fantaisies où il nous offre, pour les instruments, ce que Claudin avait annoncé pour les voix, des pièces « disposées selon l'ordre des douze modes # ». D'autre part, Adam Gumpeltzhaimer, dans son Compendium (1591). dépasse le nombre de douze, et admet, avec certaines réserves, un treizième et un quatorzième mode *.
L'ordre des tons est aussi fort discuté. Les musiciens suivent tantôt l'ancienne coutume, et prennent le dorien ré pour le premier, tantôt, d'après la nouvelle nomenclature, commencent par la série fondée sur l’uf, et assignent ainsi le premier rang au mode ionien 6. Zarlino accueille les deux méthodes 7. En face d’une question aussi embrouillée, Descartes a sans doute craint de commettre quelque grave erreur et, pour éviter de se perdre, il a mus toute son habileté à ne point trop s’avancer. Mais, pour dissimuler son embarras, il a cru bon d'insinuer qu'il lui convient