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DESCARTES ET LA MUSIQUE x 89
tambour, puisqu'il vivait à l’armée. Cependant il néglige de nous . dire que, dans ces combinaisons de mesures diverses, l’oreille
pouvait être avertie des divisions du rythme par des temps plus marqués. Estienne Binet a soin de recommander que, si de deux tambours « l’un fait des fredons,.… l’autre batte bien l'ordonnance, et joue la simple marche! ». Et Mersenne observe que, même seul, un virtuose du tambour peut fort bien mettre dans son jeu, malgré sa vivacité orageuse, beaucoup de clarté. « Il faut premièrement remarquer, dit-il, que quelques-uns battent le tambour si viste, que l'esprit ou l'imagination ne peut comprendre la multitude des coups qui tombent sur la peau comme une gresle très impestueuse, parmy laquelle les tambours, qui battent la quaisse en perfection, frappent quelquefois avec tant de violence, que son bruit imite celuy des mousquets, ou des canons, et que l’on admire comment un simple parchemin peut endurer de si grands coups sans se crever. En second lieu, que ces grands coups, qui excèdent de beaucoup la force des autres, servent pour marquer, et pour distinguer les mesures, et pour finir les cadences ?. » Il est regrettable que Descartes, qui vient de disserter sur l’efficace du temps fort, n’ait pas considéré, dans son analyse du plaisir que peut causer l’artificieuse cadence du tambour, l’aide que donnent à l’entendement « ces grands coups » dont le fracas règle si catégoriquement l’évolution du rythme.
1. Essay des Merveilles de Nature, éd. de 1632, p. 141. 2. Harmonie universelle, liv. VII des instruments de percussion,p. 56.