‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 79 sur 101 · Correspondance 1, p · texte numérisé non relu

Correspondance 1, p

2. Nicolas Bergier, de Reims, écrit dans son ouvrage intitulé La Musique spéculative, au sujet de la charge, battue par les tambours français : « Le pyrrhique donc, quo non velocior alter, estant employé aux armes francoises en la facon que nous avons dict, est la vraye marque de la nature ignée de leurs esprits, et de cette première pointe ou ardeur avec :aquelle ils se portent aux combats » (fo 4 a). Plus, loin, après avoir cité les exemples proposés par les anciens, au sujet de la « force de la musique », il ajoute : « Au reste, je crois d'autant plus facilement ces histoires, pour en avoir moy-mesme l'expérience, sur un jeune homme natif de Lorraine, que je trouvay un soir chez moy, retournant de certaines nopces où il s’estoit enyvré. Le voyant donc en telle fureur qu’il avoit desia mis le cordon de son chappeau en pièces, à belles dents, et qu'il roüoit son espée nüe parmy la salle, jurant et blasphemant d’une horrible manière, je m'advisay de prendre ung luth, et de luy sonner une passemèse de la mode phrygienne, faicte et composée, comme nous avons dit, de doubles spondées. Je n eus pas plus tost faict dix ou douze accords, que ce furieux commence à s'arrester en place, remettant son espée au fourreau, et escoutant le luth avec tel effect qu’en moins de rien il s’'addoucist, se rendist capable de raison, et se laissa conduyre en la chambre qu'on luy avoit RARES pour son giste ». Ce traité (bibl. nat. ms. fr. 1359) a été écrit vers 1625. D'autre part, on rappelle à Mathieu Cordouan, professeur de médecine à l’université de Douai, que la fièvre quarte dont il avait été «travaillé » fut «domptée et bannie par la douce harmonie » composée par Maugred. (Préf. aux Airs ef Chansons de Piat Maugred, Douai, 1616).

Quand, plus tard, il eut pénétré plus avant dans la connaissance des passions, il ne songea point à parfaire les chapitres de son abrégé où 1l parle des eflets de la musique. De plus en plus, 1l acquiert la conviction que l’on ne pourrait déterminer, d'une manière définitive, les rapports des phénomènes sonores avec les phénomènes psychologiques. Dans son Traité des Passions, il examine « comment une même cause peut exciter diverses passions en divers hommes ». Il est donc impossible de conférer à certains intervalles, à certains rythmes, une fonction expressive invariable. Pourquoi, du reste, s’enquérir avec tant de soin de résultats hypothétiques ? Il ne s’agit point tant, pour l'artiste, d'imposer à l'auditeur des émotions prévues, que de provoquer, en lui, des émotions quelconques. Qu'importe si tel chant ou si telle cadence nous troublent ou bien nous apaisent ? Le nécessaire, c’est que nous ne restions point indifférents. Il faut rapprocher des premières phrases du Compendium, où Descartes reconnaît ce plaisir que l’on prend aux objets tragiques, plusieurs passages du Traité des Passions, celui-ci en particulier : « Et lorsque nous lisons des aventures étrangères dans un livre, ou que nous les voyons représenter sur un théâtre, cela excite quelquefois en nous la tristesse, quelquefois la joie, ou l'amour, ou la haine, et généralement toutes les passions, selon la diversité des objets qui s'offrent à notre imagination; mais avec cela nous avons du plaisir de les sentir exciter en nous, et ce plaisir est une joie intellectuelle qui peut aussi bien naître de la tristesse que de toutes les autres passions !. » Dans la littérature, les objets divers qui éveillent nos passions nous sont du moins clairement présentés: mais la langue de la musique n’est pas assez précise, et le vocabulaire n'en est pas assez général, a dû penser Descartes, pour que notre imagination et notre sensibilité soient sûrement entraînées, selon le dessein même du compositeur. Il serait donc vain de formuler des lois, ou de proposer des recettes. Nous savons déjà que, selon Descartes, il n’y a aucun moyen d’ « establir la raison du beau, et que « les jugements des hommes sont si différents » que l’on n'obtiendra jamais, pour le beau ni pour l’agréable, « aucune mesure déterminée ? » : les raisons du « triste ou du gai » lui paraissaient encore moins saisissables, dans cet

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