Bibl. nat., ms. fr. nouv. acq
Titelouze qui admet cependant que les paroles « peuvent grandement pour esmouvoir les passions », si les paroles et les notes sont: « si bien mariez ensemble que chaque syllabe ait une note selon la quantité ». Pour renouveler les prodiges d'autrefois, 1l faut donc, assure-t-1l, employer des vers. « Il me souvient d’avoir ouy dire à feu Claudin le Jeune, excellent musicien, en parlant des effets de la musique ancienne, qu'il croyoit que c'estoit avec des vers mesurés, et que luy-mesme avec des vers françois mesurés comme en a fait Baïf et autres, avoit mis un capitaine en furie par des mouvemens musicaux qu'il avoit joints aux paroles
selon leur propriété, » Titelouze présume aussi que les anciens.
« faisoient quelques gestes se rapportant aux paroles pour mieux exciter ; mais, remarque-t-il, en notre siècle cela seroit ridicule et par conséquent méprisé et sans effet ». Enfin, il est persuadé « qu’un homme seul avec un luth exciteroit mieux qu'un grand concert qui confond souvent les paroles par la diversité de tant de voix, s'il n’estoit extrêmement bien concerté ? ».
Toutes ces observations du chanoine musicien figurent dans le livre que Mersenne publia en 1623 sous ce titre Quæstiones et commentaria in Genesim. Il y invite tous les musiciens à tenter de renouveler nobiles antiquæ musicæ effectus (col. 1513), et 1l y énumère les qualités qui manquent à la musique de son temps et qui, reconquises, permettront de produire les mêmes miracles que les anciens ont connus. Il exige que les mots soient bien prononcés, de façon à ce que les auditeurs les perçoivent et les comprennent parfaitement ; il réclame la stricte obéissance des chanteurs aux lois de la quantité, et l'usage de vers de diverses
mesures, selon les sujets ; il veut que l’on choisisse d'excellents -
chanteurs et d’habiles instrumentistes, qui, par une intelligente mimique, donneront une représentation visible de ce que la musique traduit ; il prétend encore qu'il faut que les chants soient bien appropriés à la nationalité, à l'état, au tempérament des auditeurs ; que le musicien ne cesse de chanter, qu'il n'ait touché ceux qui l’entendent ; que l’on change de mode aussi souvent que cela est nécessaire pour émouvoir ; que les modes, et les rythmes aussi, soient les plus aptes à susciter les passions que l’on veut faire naître ; enfin, que le genre musical soit choisi d'après le
sujet, « encore que notre genre diatonique paraisse assez parfait à