Son premier livre de motets à une voix parut en
10. Baillet assure qu’il était fidèle aux pratiques extérieures de la , dévotion « aux devoirs de laquelle il était aussi assidu que le commun des catholiques qui vivent moralement sans reproche » (ouvr. cit., p. 132).
11. Ces mots sont de Mersenne. Les Français n’admettaient point les « grimaces » des musiciens qui chantaient « à la manière d'Italie » (Tallemant des Réaux, Historiettes, VI, 204).
anciens, du moins une véhémence qui remue les plus insensibles. « Car, dit Mersenne, bien que tout ce que les Italiens font ne soit peut-estre pas à approuver, néantmoins il est certain qu'ils ont quelque chose d’excellent dans leurs récits, qu'ils animent
bien plus puissamment que ne font nos chantres, qui les sur-
passent en mignardise, mais non en vigueur !, » Descartes ne saurait prendre ainsi parti. S'il a pu se plaire à l'exercice de cette « arithmétique secrète » dont l'esprit s’amuse, s’en trop s'en rendre compte, lorsque nous écoutons de la musique, 1l n’a pas été troublé par l’emportement des chants passionnés. Autrement, il aurait gardé des souvenirs plus'précis sur la « pratique d’aujourd'huy », sans avoir besoin de l'exposé de Mersenne, et il se serait ingénié à défendre les nouveautés émouvantes contre l'opinion, tandis qu'il admet, sans raisonner, que, entre les œuvres chantées en solo et les œuvres plus complexes, il n’y a point de différence, quant à l'effet qu'elles doivent produire, déclarant seulement que « les uns aimeront mieux entendre une seule voix, les autres un concert ? ». N’a-t-il pas été retenu par son ignorance de la technique, et frustré de jouissance parce qu'il connaissait mal l’objet même de cette jouissance mêlée d'amertume et, en apparence, désordonnée ? Il se peut en effet que, dans cette question de la musique récitative, faite d’abord et surtout pour émouvoir, son jugement ait été arrêté, à cause de la multitude de choses obscures pour lui, qui s’alliaient, afin de la rendre puissante. À ses doutes de philosophe s’ajoutaient ses défiances de musicien mal instruit. Irrésolu, parce qu’il fallait en tout ceci, « supposer la capacité de l'auditeur, laquelle change comme le goust », il hésitait peut-être bien plus encore parce que — il nous a révélé son ignorance — il avait peine à distinguer les tons altérés. Aussi, moins assuré que la Madelon de
Molière, il n’aurait su dire, avant elle, mais avec nombre de ses:
contemporains que, si un air était touchant, c’est qu'il y avait « de la chromatique là-dedans ? ».
1. Harmonie universelle. (De l’art de bien chanter, p. 357). 2. Correspondance, lettre de janvier 1630 (à Mersenne), I, p. 108. 3. Les Précieuses ridicules, se. IX.
DA
tai