‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 88 sur 101 · PORTE ON · texte numérisé non relu

PORTE ON

Cette incertitude au sujet de l’expression musicale se manifeste pleinement dans des circonstances où, cependant, les amis de Descartes avaient attendu, de lui, une critique décisive qui devait mettre un terme aux discussions soulevées par la comparaison de deux airs venant, l'un, d'un maître incontesté, l’autre, d'un dilettante ingénieux, qui se posait en réformateur. Ce profane, qui voulait créér une musique nouvelle qui gouvernât les âmes, était un prêtre de Harlem, Jan Albert Ban, Né en 1597 ou 1598 dans cette ville où, depuis plus de trois siècles, assurait-il, sa famille était au premier rang, il fut admis en 1624 dans le clergé du diocèse, nommé « pasteur du béguinage » de Harlem en 1630, et enfin archiprêtre !. En 1638, il se lia d'amitié avec Descartes, qui habitait à Egmond, tout près de Harlem. Constantin Huygens avait, indirectement, causé leur rencontre : « Si vous n’aviezjamais dit aucun bien de moy, lui écrivait Descartes en octobre 1639, je n'aurois peut-estre jamais eu de la familiarité avec aucun prestre de ces quartiers; car je n’en ay qu'avec deux, dont l’un est M. Bannius, de qui j ay acquis la connoissance par l'estime qu'il avoit où1 que vous faisiez du petit traité de musique qui est autrefois eschappé de mes mains; et l’autre est son intime amy, M. Bloemert, que j'ay aussi connu par mesme occasion ?. » Dès le printemps de 1638, Descartes avait servi d’intermédiaire entre Mersenne et Ban. Le 27 mai, il écrivait au minime: « J’ay donné vos lettres à M. Bannius, lequel est non-seulement catholique, mais avec cela prestre, et qui a, je croy, quelque bénéfice dans Harlem. Il est fort sçavant en la pratique de la musique; pour la théorie, je vous en laisse juger *. »

Cette théorie, que Descartes évite prudemment d'apprécier, Bannius en avait déjà exposé quelques principes, dans un travail intitulé Dissertatio epistolica de musicæ natura, origine, progressu, et denique studio bene instituendo, dédié à Petrus Scriverius, et publié à Leyde en 1637. Il y fait remarquer l'importance de l'interprétation du texte par la mélodie : Modulamentum, idea ac mowréruroy musicæ est, cui concentus vocum aptandus. In hujus inventione, ac constitutione, lola res musica versalur ; eo quod sonitus, verborum ac syllabarum quantitati, signification ac sensui aplandus sit, ut energiam habeat musica, rhetorisque

F Je prends ces renseignements dans l’étude de M. Graaf. 2. Correspondance. II, p. 583.

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