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causés rendent la perception dés sens fort obscure et confuse » et que, tout assuré qu'il soit d’avoir en lui « les moyens de la connaître aveëe certitude », il rangeait parmi les « choses... fort douteuses et incertäines » que l’on conçoit peu clairement; « la lumière, le son, la douleur », etc!. Il est done probable quil distinguait mal des sons consécutifs tels que ceux-ci, que Ban avait juxtaposés pour mieux interpréter les paroles pañce que, assure-t-il dans une lettre à Mersénne, dulcedo in semitonio est ?:
On peut se demander aussi jusqu’à quel point il était capable d'évaluer, dans les concerts donnés chez Ban, les prouesses d’une voix que celui-ci avait formée et qui faisait entendre « les demitons majeurs et mineurs et les autres intervalles » avec une merveilleuse exactitude #.
Toutefois, Descartes ne pouvait oublier entièrement que le dessein de Ban était, en somme, un dessein qu'il avait jadis approuvé lui-même, quand il ne renonçait à montrer per quos gradus, consonanlias, tempora et similia debeant illi (motus animi) excitari, que pour éviter de donner à son Compendium de trop amples proportions. Que de plus profondes réflexions lui aient fait considérer ce projet comme irréalisable, nous l'avons vu. Par quelques mots du jugement qu'il porte sur l'air que Bannius avait écrit en concurrence avec un musicien de Paris, nous reconnattrons cependant qu'il n'avait peut-être pas absolument condamné son projet de jeunesse.
Cet air avait été écrit à la requête de Mersenne, afin que Ban fût à même de fournir un exemple probant de la puissance de cette musique où il voulait que rien ne se formât par hasard, mais naquit « de science très-certaine 5 ». Un soir de mai, Ban reçut, par l'entremise de Huygens, les vers français qui lui étaient envoyés de Paris. L'un des premiers académiciens, Germain Méditation sixième.
Bibl, de Chartres, ms., 609, f° 240 a.
Correspondance de Huygens (1883).
Ibid. Lettre datée des ides de janvier 1640 (à Huygens). Bibliothèque Mazarine, ms., 3696.
Ce
Habert, abbé de Cerisy, en était l’auteur !. En six hexamètres, il avait exprimé la douleur d'un amant éconduit :
« Me veux-tu voir mourir, trop aimable inhumaine, « Viens donner à tes yeux ce funeste plaisir ;
« L’excès de mon amour, et l'excès de ta haine
« S'en vont en un moment contenter ton désir.
« Mais au moins souviens-toy, cruelle,
« Si je meurs malheureux, que j'ay vescu fidelle ?. »
Ban se mit à l'œuvre ; le soir même du cinq mai, jour où « fort tard», Campenius lui avait remis ce texte, sa composition était achevée. En une heure, il avait’ accompli sa tâche. Dans la lettre à Anne-Marie de Schurmann ? où il rapporte ces détails, il insère sa musique, et il la commente. Il avait choisi le mode représenté par la gamme de fa, sans si bémol. Car le sentiment exprimé par les vers était, pensait-il, un sentiment d'indignation, et ce modelà Jui semblait indignätioni aptlissimus, étant formé d’une vigoureuse quinte, faf-ut, « à la base de l’octave » et d’une quarte «très violente » (incitatissima), ut-fa : la tierce majeure fa-la était de plus « très-véhémente », et les tierces mineures la-ut, ré-fa, extrêmement puissantes. Omnia ergo ad indignationem disposita sunt.… Hæc omnia mathematice et physice demonstrabilia sunt. Note par note, il explique ses intentions. Rien ne pouvait mieux traduire l'indignation que les mouvements ascendants de quinte, puis de quarte, joints aux premiers mots, tandis que l'approche de la mort était manifestement peinte par la chute de la voix. Nul demi-ton d’ailleurs, dans toute cette phrase, ne sif aliquod blandimenñtum, quod sensum afficiat. La note la plus élevée du mode, précédée du demi-ton, représentait clairement tout le charme évoqué par lé mot plaisir. Déclaméés sur les notes d'une quarte ascendante, les syllabes du mot « excès » étaient jointes, ainsi, à un mouvement mélodique parfaitement approprié au sens du mot.
Sans reproduire tous les détails de cette analyse, et de ce
1. Mersenne cite un psaume en vers français de G. Habert, abbé de
Cerisy, dans l’Harmonie universelle (L. V. de la comp.). Nous trouvons aussi des vers de ce poète, joints aux pièces d'orgue pour le Magnificat de Titelouze (1626).
2. Le nom de l’auteur n’est pas donné par Mersenne. Je ne l'ai connu que par le recueil de Poésies choisies de MM. Corneille, Boisrobert, etc., publ. en 1660, où j’ai trouvé ces vers, p. 322.