‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 95 sur 101 · Bibl. Mazarine, même lettre · texte numérisé non relu

Bibl. Mazarine, même lettre

2. Ce maitre, qui a laissé neuf livres d'Airs de Cour, mourut en 1643. 3. Corresp. de Huygens (1883), « jugement d’un trésorier général ». 4. Bibl. de Chartres, ms. 609, fo 226 b.

, me . 5 , à l'opinion est enregistrée par Mersenne sous le titre de « Jugement

d'un trésorier général », dit aussi : « Le dit S' Bannius n’a pas pensé qu'aujourd'huy on ne s'astreint plus aux modes pour exprimer une telle ou telle passion, ou affection. Car ils se peuvent fort aisément changer et mesler par le moyen des dièses !. » Mersenne déclarait de même: « Chaque mode ou espèce d’octave souffrant des dièses ou des bémols en tous les lieux où ils ne se rencontrent pas naturellement, peut servir pour toutes sortes de passions ?, »

D'ailleurs, en ce qu’il pouvait encore avoir de caractéristique, le mode était mal choisi : « Que si la signification des paroles eût été telle que le dit Sr Bannius se l’est imaginé, accorde Boësset, je me serois servy du mode dont il a composé le sien qui est du septiesme mode propre à la furie, aux crys et au désespoir, à cause de la division de la Tierce majeure qui est aussi virile que la Tierce mineure est molle ?. » Ban n'avait donc pas compris l'intention générale des paroles. Mersenne lui reproche d’avoir trop considéré les mots, sans observer l’ensemble : « Ce n'est pas à chaque diction qu'il faut avoir esgard, pour luy donner l'accent ou le mouvement de la passion. Car il faut premièrement voir à quoy butte tout le sujet du discours compris dans l’air, et puis ce que contient chaque période. De sorte que chaque diction considérée en son particulier n’est pas plus considérable que l’une des pierres d’un bastiment ; important fort peu quelle place elle tienne dans la muraille, pourvu que le mur soit ferme, et qu'il ait la force que l’architecte désire #. »

De son côté, Villiers, médecin à Sens, censure ainsi l’œuvre de Ban : « Pour ce quiest de l’air hollandois, je l'estime moins flexanime de beaucoup qu'il promet, ayant l'air plustost d'un amant qui désire vivre que mourir, et plus aigre et rude que mol, doux ou mourant, y ayant employé fort peu de demy-tons dans les endroits convenables, qui est une grande faute contre les préceptes de sa flexanimité. Pourtant, ne laisse-t-il pas d'y avoir en son air de la diversitéÿ. »

Même lorsqu'ils admettent ses principes, les critiques français

. Corresp. de Huygens, éd. de 1883.

. Ibid. Lettre reçue le 29 nov. 1640.

. Bibl. de Chartres, ms. 609, f° 226 b.

. Correspondance de Huygens, 1883, p. LXXX (14 nov. 1640). . Bibl. nat. ms. fr. nouv. acq.. 6205.

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reprochent ainsi à Ban de les avoir mal appliqués. Il faut remarquer en outre que, pour les musiciens de France, de tels efforts expressifs que ceux de Ban étaient inutiles et déplacés. Mersenne, qui blâme cependant quelque part ! ses compatriotes de viser plus à la grâce qu’au pathétique, en revient, dans cette querelle, à l’avis commun des siens. « Il faut premièrement supposer que la musique, et par conséquent les airs, sont faits particulièrement et principalement pour charmer l'esprit et l'oreille, et pour nous faire passer la vie avec un peu de douceur... semblablement les airs ne se font pas pour exciter la colère, et plusieurs autres passions, mais pour resjouir l'esprit des auditeurs, et quelquefois pour les porter à la dévotion, comme il arrive aux récits que l’ on faict dans les églises durant le service divin. Je ne veux pas nier que certains airs bien faicts selon la lettre n’esmeuvent à la pitié, à la compassion, au regret, et à d’autres passions, mais seulement que ce n’est pas là leur but principal, mais de resjouir, ou mesme de remplir les sçavants auditeurs d'admiration, qui leur faict rechercher les causes d’un effect si signalé ?. »

Malgré cette déclaration en faveur de la délicieuse indifférence sentimentale dans laquelle doit nous entretenir la musique, Mersenne, avec une partialité ingénue, ne manque pas de louer, chez Boësset, les qualités expressive du chant. Non-seulement il admire son air parce qu'il est « remply de caresses industrieuses et d'artifices de rhétorique harmonique », mais il défend, contre les attaques de Ban, les intentions dramatiques de la déclamation : « La dernière syllabe de mourir ne baisse pas bien à son avis; et néanmoins la pluspart de nos gens trouvent que cet abaissement est, ou le plus beau trait, ou l'un des plus beaux de tout l'air; et la vérité mesme le contraint de reconnoïistre que cet abaissement signifie fort bien la mort. Sur quoy il n’a pas remarqué que le triton, depuis la syllabe voir jusques à la dernière de mourir, a eslé employé judicieusement, puisque la mort est du moins aussy desplaisante à ceux qui ont leur cœur dans leurs coffres et dans leurs trésors, ou qui l'ont attaché à l'amour profane, comme est le triton dans la musique : et puisque l'amour est appelé fort comme la mort, fortis ut mors dilectio, ç’4 esté une excellente pensée d'employer si à propos le mi contre le fa 3. »

1. Harmonie universelle, liv. VI, de l'art de bien chanter, p. 356. 2. Corresp. de Constantin Huygens, P- LXXX.

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