Rép. aux object., I
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faire qu'elle ne soit la plus vide des notions. En vain, pour la remplir, attribue-t-il à Dieu, en les élevant à une puissance infinie, toutes les perfections incomplètes dont nous avons conscience, la raison intime de l'existence en soi, privilège du seul absolu, n'apparaît pas au bout de ces inductions. Dieu existe en soi et par soi. Mais est-ce en vertu d'une nécessité? Est-ce au contraire par un libre vouloir incompréhensible? L'essence divine est-elle invariablement déterminée en elle-même , comme sont, pour nous, par une fatalité logique et intellectuelle, les essences des notions mathématiques? Ou bien est-elle, si l'on peut ainsi parler, le fruit mystérieux d'une liberté toute puissante? Parvenu à ce faîte de la pensée. Descartes franchit d'un bond l'intellectualisme des âges précédents, et, renouvelant les profondes spéculations du moine Duns Scot, il fait de Dieu l'absolue liberté. C'est le trait essentiel de sa métaphysique. Jusqu'à lui, tous les systèmes de philosophie première avaient été, à des degrés divers, des dérivés de la science ; les absolus des anciens philosophes, l'être immobile et indivisible des Eléates, le nombre des Pythagoriciens, l'étendue en mouvement des Atomistes , la matière vivante des Ioniens étaient, au fond, des données de la sensibilité et des catégories de l'esprit, transfigurées en premiers principes; le bien même de Platon et d' Aristote , avec une apparence toute morale , n'était pas exempt de nécessités analogues à celles de l'esprit humain, étant pour l'un l'idée des idées, pour l'autre la pensée de la pensée. La nécessité n'avait pas un instant cessé d'être au cœur des choses. Seule la philosophie
chrétienne, par le dogme de la création, cette production sans contrainte, purement gratuite, avait préparé l'affranchissement de la divinité jusqu'alors asservie au destin.
Il est hors de doute que Descartes, en proclamant la liberté divine, s'inspire de sa foi ; il n'en reste pas moins dans' la logique de ses définitions du premier principe. Si Dieu est l'être infini, où sont concentrées toutes les perfections connues et inconnues, ne doit-il pas être supérieur à l'intefiigence même infinie? Imaginez un entendement auquel rien n'échappe, où soient condensées comme en un point indivisible, et dans un éternel présent, les lois générales et le détail infini de toutes choses, et tel doit être l'entendement parfait et infini de Dieu, n'est-il pas dominé par une nécessité logique, qui ne peut se relâcher sans qu'il s'évanouisse, et, avec lui, les essences et les lois des choses? La perfection intellectuelle suppose une nécessité universelle et absolue. Gela suffit pour la rendre inférieure en dignité à une liberté qui serait, comme elle, absolue et infinie. Il en résulte que Dieu, la perfection suprême, est essentiellement libre. D'ailleurs, s'il ne l'était pas, Vil avait pour essence une nécessité éternelle, serait-il vraiment la cause de soi-même? Appellerons-nous son propre auteur un être qui ne tiendrait pas de lui-même la loi de son existence? Le Dieu de Spinosa a seulement l'apparence de l'existence en soi; en réalité, il existe par ses attributs nécessaires, et ceux-ci n'existent eux-mêmes que par les modes qui les manifestent nécessairement. Descartes, à vrai dire, n'a fait qu'entrevoir cette déduction ; on la
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devine soiis l'expression de ses pensées, mais nulle part on ne la trouve nettement formulée. Pourtant, lorsqu'il écrit à Mersenne ; « Les vérités métaphysiques, « lesquelles nous nommons éternelles, ont été établies « de Dieu, et en dépendent entièrement, ainsi que tout le « reste des créatures... C'est en effet parler de Dieu (c comme d'un Jupiter ou d'un Saturne, et l'assujettir « au Styxet aux destinées, que de dire que ces vérités sont a indépendantes de lui ', » sa pensée n'est pas arbitraire, et il considère la liberté absolue comme l'inévitable contenu de la perfection et de l'infini.
Cette thèse suprême de la hberté divine a pour corollaire la contingence du monde. Le monde existe^ notre conscience l'atteste; mais il aurait pu ne pas exister; rien en lui n'implique la nécessité de l'existence. D'autre part, la hberté absolue se suffit à elle-même; aucune nécessité ne l'a déterminée à produire quelque chose; parfaite et absolue, rien ne lui fait défaut; elle existe pleinement par efie-même; elle n'est pas tenue, comme la substance placée par Spinosa à l'origine métaphysique des choses, de se manifester, sous peine de ne pas être, par des attributs qui doivent eux-mêmes se manifester par des modes. Si donc elle produit, c'est gracieusement et non par nécessité. Le monde vient sans doute de Dieu, car il n'a pas en lui-même de raison d'être, mais il n'en vient pas^ comme la conséquence sort logiquement du principe, par la force d'une nécessité inéluctable. L'origine du monde est une création ^