e Méd., I
De même, la persistance du monde dans le temps est l'effet d'une création continuée. Le don de l'existence n'est pas irrévocable. La vie des créatures est faite d'instants successifs. Or « c'est une chose bien claire et « bien évidente à tous ceux qui considéreront avec atten- « tion la nature du temps, qu'une substance, pour être « conservée dans tous les moments qu'elle dure, a besoin (( du même pouvoir et de la même action qui seraient né- « cessaires pour la produire et la créer tout de nouveau, « si elle n'était pas encore, en sorte que c'est une chose « que la lumière naturelle nous fait voir clairement que la « conservation et la création ne diff"èrent qu'au regard de « notre façon de penser et non point en efTet*. » Existences précaires et sans cesse défaillantes que les nôtres et celles de tous les êtres créés ; elles s'évanouiraient si la main qui les donne se fermait tout à coup. Le temps, divisible en instants successifs, exige que le don de l'existence soit à chaque instant renouvelé. La science n'atteint donc pas l'être en lui-même. Apparence, phénomène, dirions-nous aujourd'hui, que cette causalité par laquelle les êtres de l'univers semblent s'engendrer et se tenir en une chaîne continue.
Ne cherchons pas à approfondir plus que n'a voulu le faire Descartes lui-même cette mystérieuse idée de la création. Epris avant tout de science positive, il ne monte aux sommets de la métaphysique que pour constater l'accord de la raison et de la foi. A peine s'en est-il assuré qu'il revient en hâte du créateur aux créa-