Lett., IX
les tenir toutes deux pour également certaines, sans espoir de jamais comprendre comment elles sont vraies à la fois? Ou bien notre dépendance vis-à-vis de Dieu peut-elle aller avec une réelle indépendance? Descartes incline vers ce dernier parti sans toutefois le justifier assez. Il se prémunit d'abord contre tout soupçon de vouloir amoindrir la souveraineté de Dieu au profit de l'homme ou de compromettre l'indépendance de l'homme au profit de Dieu, en affirmant l'égale certitude de l'une et de l'autre. Puis il remarque que l'indépendance requise en nous « pour rendre nos actes louables et blâmables « n'est pas incompatible avec une dépendance qui est (( d'autre nature. » De quelle nature, il ne le dit pas expressément, mais il le laisse entendre quelques lignes plus loin : « La théologie distingue en Dieu une volonté « absolue et indépendante, par laquelle il veut que « toute chose se fasse ainsi qu'elle se fait, et une autre « qui est relative et qui se rapporte au mérite et démérite « des hommes, par laquelle il veut qu'on obéisse à ses « lois \ )) Ces paroles quelque peu énigmatiques recouvrent, malgré l'obscurité dont elles sont enveloppées, un sens clair et intelligible. L'homme est libre, et en même temps il dépend de Dieu; mais il n'en dépend pas comme l'astre qui gravite dans le ciel, sans pouvoir changer de route, ou la plante qui végète sur le sol, sans pouvoir changer d'espèce; dépendance en lui n'est pas nécessité. Son être a une loi qui l'obhge, mais qu'il peut enfreindi'e; il est tenu de respecter les décrets