‹ DescartesChapitre 12 sur 172 · a. BeyM/., reg. 8, XI · texte numérisé non relu

a. BeyM/., reg. 8, XI

l'arc-en-ciel et certaines apparences extraordinaires, il part (les 7iaturcs simples, c'est-à-dire de la nature des corps en général; de là il déduit celle des exhalaisons et des vapeurs, et, par une composition croissante, celle des vents, de la pluie, de la neige; puis, composant ces propriétés et celles de la lumière, il explique les apparences lumineuses que parfois nous voyons dans le ciel. C'est partout et toujours la même procédure. L'analyse réduit les phénomènes aux natures simples dont ils dépendent, et la synthèse fait voir en quel ordre ils en dépendent et en dérivent.

La méthode suppose donc, on le voit, deux procédés distincts et cependant collatéraux de connaissance : rintuition et le raisoimement. L'intuition est en définitive l'unique source du savoir certain ; c'est la vue immédiate de la vérité, embrassant et comprenant, sans incertitude et sans obscurité, une notion, une proposition tout entière K Le raisonnement n'est autre chose qu'une intuition continuée. Raisonner, n'est-ce pas en effet ramener d'abord , par un mouvement ininterrompu de la pensée, les propositions embarrassées et complexes à des propositions simples et d'un accès facile, puis revenir, en parcourant les mêmes stades en un ordre inverse, des propositions les plus simples, réfractaires à une décomposition plus élémentaire, aux propositions les plus complexes °^? L'intuition est donc à

■ 1. Regul., veg. H, XI, 257 : « Il faut que la proposition soit claire et disliiKlc, et qu'elle soit comprise tout entière à la fois et non siiccessivemenl. » '

2. ReguL, reg. H, XI, 259 : « Sa certitude dépend en quelque sorte

la fois le terme et le point de départ du raisonnement, et l'office de la déduction est de l'étendre progressivement des choses les plus simples aux choses les plus composées, qui d'abord y paraissaient rebelles. Suivons en effet pas à pas un raisonnement. Le point de départ est une proposition intuitivement connue ; vient ensuite une proposition qui sort de la première et s'y relie, et participe par conséquent à sa certitude ; ainsi des autres jusqu'à la conclusion. Ce qui fait la différence entre lintuition médiate de la conclusion et l'intuition immédiate des principes, c'est l'intervention de la mémoire. A chaque degré du raisonnement, il faut se rappeler l'évidence des degrés antérieurs. Conclure n'est en définitive que se souvenir d'avoir vu.

Ainsi les propositioris les plus éloignées en apparence les unes des autres se relient en un seul et unique système. La méthode a pour but, en dernière analyse, de former des rapports complexes à l'aide de rapports simples, comme la numération construit les nombres les plus grands avec l'unité répétée. Cependant, dans la composition des choses, il faut soigneusement distinguer les rapports nécessaires des rapports contingents. Les choses sont nécessaires, quand elles sont si intimement mêlées l'une à l'autre qu'on ne peut les séparer et concevoir distinctement l'une sans l'autre : telles sont, par exemple, la liaison de la figure et de l'étendue, celle du mouvement et du temps; on ne peut imaginer ni concevoir une figure sans étendue, un mouvement sans

de Li inémoire, qui doit reicnir les jugements portés sur cliacune des parties. »

durée. Les choses sont, au contraire, contine^entes, lorsqu'elles ne sont pas liées ensemble d'une manière inséparable : ainsi, en fait, le vêtement est lié à l'homme qui le porte, mais d'une façon purement accidentelle ^ Ces dernières liaisons sont en dehors de la science; ce n'est pas à elles que s'applique la méthode ; les premières seules, c'est-à-dire les liaisons nécessaires, sont objets de science. Toutes les constructions que nous pouvons faire à l'aide des matériaux et des éléments du savoir ne sont donc pas scientifiques. Il en est qui sont l'œuvre ^e l'imagination. Elles sont presque toujours trompeuses et ne reproduisent pas l'ordre réel des choses. 11 en est d'autres qui semblent participer à la fois de l'imagination et de la science. C'est celles auxquelles nous nous attachons en vertu de la conjecture et de la probabilité 2, Ce ne sont pas encore les constructions scientifiques. Celles-ci ne contienn.ent que des rapports nécessaires, issus, par une composition progressive, de ces rapports et de ces notions simples dont il est impossible de douter, et recevant, par une transmission graduelle, la certitude des principes dont ils émanent. La science, on le voit, a pour type la mathématique.

L'unité de la méthode implique, en un certain sens, l'unité de la science. L'esprit n'a pas, pour parvenir à la vérité, d'autres voies que l'intuition et la déduction. Si variés que soient les objetrde sa recherche, la pro-

Page 1