‹ DescartesChapitre 127 sur 172 · Regul.,veg. 12, XI · texte numérisé non relu

Regul.,veg. 12, XI

La vérité, nous savons déjà ce qu'elle est, toute connaissance claire et distincte. Ainsi nous revenons aux résultats généraux de la méthode. La théorie de l'entendement est déjà faite en partie; le mécanisme de la connaissance en général nous est connu; nous savons que toute connaissance claire est « celle qui est présente « et manifeste à un esprit attentif, » et toute connaissance distincte « celle qui est tellement précise et différente « de toutes les autres, qu'elle ne comprend en soi que ce « qui paraît manifestement à celui qui la considère « comme il faut '. » Nous savons aussi que, par le double jeu dé l'analyse et de la synthèse, les notions composées se résolvent en notions simples, et que de celles-ci se forment des assemblages dont la complexité croissante suit et reproduit l'ordre même des choses composées. Mais d'autres questions sont encore à résoudre. Quelle est l'essence de ces notions simples, fond commun de toute vérité? D'où viennent-elles en nos esprits? Quels rapports les unissent au principe premier de toute existence et de toute connaissance? — Sur ces points divers. Descartes n'a pas une doctrine complète, nettement articulée, comme sont ses théories scientifiques ; c'est le plus souvent vues ébauchées et indécises ; l'idée directrice en est difficile à dégager dans son germe, plus difficile encore à suivre dans ses développements.

Prise en elle-même, l'intellection, comme parle Descartes, est une intuition, c'est-à-dire une illustration

i. Pi'incip., liv. !«••, art. 45; Hl, 90.

de l'esprit \ Cette lumière jaillit-elle de l'esprit lui-même ou lui vient-elle d'une autre source? Nous le rechercherons plus tard. Pour l'instant, décrivons seulement ce qui nous apparaît à ses rayons. C'est l'ensemble des notions simples, universelles, éternelles, comparables aux racines communes aux langues d'une même famille. Ces notions, Descartes les distribue en deux genres : dans l'un, toutes les choses qui ont quelque existence, dans l'autre, les vérités qui ne sont rien en dehors de notre pensée. Sont du premier genre les notions qui se rapportent à toutes les choses existantes indifféremment, comme la substance, la durée, l'ordre, le nombre, puis les notions relatives aux choses intellectuelles, l'entendement, la volonté, toutes les façons de concevoir et de vouloir, enfin celles qui se rapportent exclusivement aux corps, la grandeur, la figure, le mouvement, la situation des parties, et celles qui ont trait à la fois aux choses intellectuelles et aux choses corporelles , les appétits, les émotions. Appartiennent au second genre toutes ces vérités que la philosophie du xvn' siècle appelait les notions communes, c'est-à-dire les principes généraux et directeurs de la connaissance, par exemple : on ne saurait faire quelque chose de rien ; une même chose ne peut être à la fois et ne pas être ^ Ces notions premières, se combinant sous la direction et la garantie des principes, produisent toutes nos connaissances claires et distinctes. Elles sont donc toute vérité en germe. On voudrait que Descartes se fût nettement

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