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224 LA MÉTAPFIYSIQUE
triangle, ce n'est plus l'envisager comme présent, c'est savoir qu'il est composé de trois lignes qui se coupent, que les angles formés par ces lignes ont entre eux certains rapports. Dans ce cas, et il s'agit d'une figure fort simple, aisément représentable, l'imagination et l'intellection sont difficiles à discerner, car je ne saurais voir les côtés du triangle sans concevoir aussi qu'ils sont au nombre de trois. Mais la distinction apparaît et s'accuse, si nous passons à des figures plus composées. Qu'au lieu d'un triangle je considère des polygones d'un nombre de plus en plus grand de côtés, mes conceptions, quoique moins simples, seront toujours aussi claires et aussi distinctes. La netteté des images représentées ira au contraire diminuant; au lieu d'une image nettement dessinée, je n'aurai plus bientôt qu'une représentation indécise. Je ne puis, par exemple, voir avec netteté les mille côtés d'un chiliogone; j'en ai seulement une image confuse, de laquelle je ne puis dire, en l'envisageant, si elle a mille côtés ou seulement neuf cents, ou moins encore. Ici, « l'imagination ne me « sert en aucune façon à découvrir les propriétés qui « font la différence du chiliogone d'avec les autres poly- « gones ^ » L'intellection n'a pas de ces impuissances. Un polygone de mille côtés est aussi intelligible qu'un triangle; l'un et l'autre sont des systèmes de rapports entre éléments de même nature, et, à la complexité près, ils ne diffèrent pas essentiellement l'un de l'autre. L'intellection aurait donc pour objet les essences et les