‹ DescartesChapitre 132 sur 172 · e Méd., I · texte numérisé non relu

e Méd., I

3. Descartes étabJit ainsi l'origine à priori des notions communes : « Les notions communes sont universelles; les mouvements sont particuliers; donc les notions communes ne peuvent dériver des mouvements. » {Lett., X, 96.)

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sauces, elles ne sauraient venir des sens \ Elles sont inhérentes à l'esprit, innées en lui, comme disait Descartes. La théorie de l'iunéité, malgré les incessantes précautions de Descartes pour en marquer le sens, a été, de son temps et plus tard, l'objet de méprises persistantes. On sait quelles objections y faisait Locke dans son Essai sur V entendement humain. S'il y a des connaissances innées, disait-il en substance, elles sont constitutives de l'esprit lui-même ; par suite, on doit les rencontrer également dans tous les esprits. Or on ne les voit pas même poindre chez l'enfant; elles ne se montrent pas davantage chez le sauvage et le rustre ; les savants eux-mêmes, habitués à se réfléchir, sont loin d'en donner les mêmes listes. L'objection porte à faux; elle ne serait pas sans valeur si, par idées innées, Descartes avait entendu des connaissances actuelles, expressément inscrites dans l'entendement, comYne sont des caractères d'écriture sur un manuscrit. Or, à ses yeux, les connaissances innées sont simplement des puissances, qui ne passent pas toujours à l'acte. « Je n'ai jamais entendu, répond-il à Régius, que de telles idées fussent actuelles... et je dirai même qu'il n'y a personne qui soit si éloigné que moi de tout ce fatras d'entités scolastiques. L'enfant a ces idées, mais eu puissance. Je ne me persuade pas que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre de sa mère sur les choses métaphysi-

1. UtL, X, 70. — Cf. Rép. auxobject., I, 493 : « Lorsque je dis que quelque idée est née avec nous, ou qu'elle esi naturellement empreinte dans nos âmes, je n'entends pas qu'elle se présente toujours à notre pensée; car ainsi il n'y en aurait aucune; mais j'entends seulement que nous avons en nous-mêmes la faculté de la produire. *

ques... Il a les idées de Dieu, de lui-même et de toutes les vérités qui de soi sont connues, comme les personnes adultes les ont quand elles n'y pensent point '. » En un mot, elles nous sont innées, « au sens que nous disons que la générosité ou quelque maladie est naturelle à certaines familles '. » Elles gîtent naturellement au fond de nos esprits; et l'universalité dont elles sont investies quand elles se manifestent est une marque assurée de leur origine. Les entendements de tous les hommes ont une commune essence, une même loi de développement, et tout ce qui en sort suivant cette loi est marqué d'une même empreinte.

Ces idées sont identiques à l'esprit, ou, mieux encore^ elles sont l'esprit lui-même. 11 serait inexact de se les représenter comme contenues dans l'entendement, à la façon de l'eau dans la source d'où elle jaillit. « Je « n'ai jamais jugé ni écrit, dit Descartes, que l'esprit ait « besoin d'idées naturelles qui soient quelque chose de « différent de la faculté qu'il a de penser. » — a Je n'ai « jamais écrit ni pensé, répète-t-il, que de telles idées « fussent des espèces distinctes de la faculté que nous « avons de penser ^ » Il n'y a pas plus à'esjjèces dans les âmes que dans les corps. L'âme se définit par la pensée, comme le corps par l'étendue; ni l'une ni l'autre ne sauraient s'accommoder de ces êtres de raison, rêvés par les scolastiques, incompatibles avec les clartés de la science. L'entendement est une des fonctions de la

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