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ment variés de la mécanique, en un mot tous les phénomènes corporels; et que sont les figures et les mouvements, sinon des déterminations de l'étendue, claires et distinctes comme l'idée de l'étendue, partant, comme elle, à priori et innées? Ainsi la science se développe à priori d'un certain nombre de notions primitives et irréductibles. Toute connaissance claire et distincte est donc innée à l'esprit, soit comme principe, soit comme conséquence. La déduction part des principes, et, sans recourir à l'expérience, en extrait les conséquences. Elle est l'esprit lui-même s'appliquant à mettre au jour les trésors qu'il renferme.
Ainsi la science est le contenu essentiel de l'esprit. Nous savons qu'elle est vérité, par cela seul qu'elle est claire et distincte. Mais quels sont les rapports de cette vérité avec la réalité? Il s'agit ici de métaphysique et non plus de méthode. La vérité, telle qu'elle nous apparaît, est-elle simplement la vérité pour nous, ou bien la vérité en soi? Cette science qui sort de nous, cette science qui est pour ainsi dire l'esprit déployé et explicite, est-elle l'expression des choses, ou, comme Kant l'a voulu plus tard, l'expression de nécessités intellectuelles, qui l'enchaînent sans s'imposer aux choses? La théorie de l'innéité n'est-elle pas un retour vers l'idéalisme sceptique, écarté, semblait-il, par la théorie de la certitude? Telle serait peut-être la conséquence extrême de la doctrine; mais telle n'est pas assurément la pensée de Descartes.
On a vu quel caractère spécial il attribue à l'idée de Dieu. Cette notion n'est pas une simple nécessité
idéale; elle exprime une existence nécessaire, extérieure à l'esprit. Dès lors, tout venant d'un Dieu partait, incapable de tromper sa créature, notre tendance à croire à la concordance complète de nos conceptions et des choses n'est pas mensongère. Il en résidte que les vérités innées, où se peint comme en un miroir l'ordre universel et éternel des choses, ont un rapport étroit avec l'auteur absolu de cet ordre. Contempler les vérités innées, c'est avoir une vision partielle de l'entendement divin. <( La connaissance intuitive est une illustration de « l'esprit, par laquelle il voit en la lumière de Dieu les <( choses qu'il lui plaît de lui découvrir par une impi'es- « sion directe de la clarté divine sur notre entendement, « qui en cela n'est pas considéré comme agent, mais « seulement comme recevant les rayons de la divinité. » Ainsi s'explique que Descartes ait fait de l'entendement la lace passive de l'àme. L'esprit ne fait pas la vérité; il la reçoit; il est comme un miroir où se peignent quelques rayons de la lumière divine. On sent poindre, dans cette rapide indication, jetée dans une lettre sans être approfondie, la doctrine que Malebranche devait tirer de la philosophie cartésienne. Pour Descartes, l'esprit est la source de toute vérité, mais une source de seconde main^ dont le contenu dérive de la source originelle de toute existence et de toute connaissance.