‹ DescartesChapitre 139 sur 172 · e Méd., I · texte numérisé non relu

e Méd., I

« Dieu dispose ainsi l'intérieur de ma pensée, d'autant « plus librement j'en fais choix et je l'embrasse; et certes « la grâce divine et la connaissance naturelle, bien loin « de diminuer ma liberté , l'augmentent plutôt et la « fortifient, de façon que cette indifférence que je sens « lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt « que vers un autre par le poids d'aucune raison est le « plus bas degré de la liberté et fait plutôt paraître un « défaut dans la connaissance qu'une perfection dans la « volonté \ » Qu'est au fond la liberté? « Une faculté « positive de nous déterminer à l'un ou à l'autre de deux « contraires, c'est-à-dire à fuir ou à poursuivre, à affir- « mer ou à nier une même chose ^. » Avant qu'elle s'exerce, elle est indifférente, car les contraires qui peuvent surgir et soUiciter son action n'ont pas encore apparu ; en elle-même, elle ne penche ni pour l'un ni pour l'autre ; elle recèle la puissance de réaliser l'un ou l'autre. Mais, une fois les contraires apparus, l'indifférence fait place à une préférence réfléchie. Nous pesons les divers motifs qui nous sollicitent, « à dessein de « nous ôter de cet état où nous ne savons quel parti « prendre. » Avant donc qu'elle se soit déterminée, la volonté est libre ; « elle a la puissance de choisir l'un ou l'autre de deux contraires. » Elle s'enchaîne ellemême en se déterminant. Mais ses déterminations, sauf les rares exceptions où aucun motif d'agir ne s'offre à nous, sont toujours éclairées et justifiées par un molif. La volonté est donc tout à la fois indépendante et dé-

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