‹ DescartesChapitre 144 sur 172 · Disc, de la Méth · texte numérisé non relu

Disc, de la Méth

tendement. Nous ne voyons pas clairement le mal, car nous ne voyons pas clairement le faux. Le mal que nous commettons nous est représenté sous l'apparence du bien. « Si nous le voyions clairement, il nous serait « impossible de pécher pendant que nous le verrions en « cette sorte ; c'est pourquoi on dit : omnis peccans « est ignorans ; en sorte que, si jamais l'entendement « ne représentait rien à la volonté comme bien qui ne le « fût, elle ne pourrait manquer son élection*. ■» Mais il en est de nos amours et de nos inclinations comme de nos pensées. Les unes sont claires et distinctes ; elles sont infaillibles ; les autres sont confuses ; ce sont les amours sensuelles qui nous donnent le change à la fois sur le bien et sur le vrai, et nous font nous joindre de volonté à des objets sans rapport avec nous-mêmes ^ Pourtant, comme la confusion et l'obscurité recouvrent toujours quelque vérité, l'attrait des sens est au fond celui de la vérité cachée.

Il résulte de tout cela que l'ordre à réahser par la volonté bonne n'est pas différent de l'ordre mathématique des choses. Le monde a sa loi, loi nécessaire, contre laquelle les rébellions de la volonté seraient impuissantes. Vouloir cet ordre doit être la loi de la vie humaine. Vouloir les choses comme elles arrivent, avait dit Epictète, et non pas comme nous les souhaitons. « Tâcher de me vaincre, répète Descartes, plutôt que la fortune, et changer mes désirs que l'ordre du monde ^ »

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