Bise, de la Méth., 3« part., I
« Les dieux, avait dit encore Epictète, n'ont mis en notre pouvoir que ce qu'il y a de meilleur et de plus excellent dans le monde, le bon usage des idées. Le reste, ils ne nous l'ont pas donné. » « Il n'y a rien, dit de même Descartes, qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées ' . » Nous sommes par suite les arbitres de notre bien. Il est, comme l'avait vu l'école stoïcienne, deux sortes de choses, celles qui dépendent de nous, et celles qui n'en dépendent pas. A diriger nos pensées et nos désirs vers celles-ci, nous nous exposons à des mécomptes et à des déboires incessants. La santé, la fortune et tous les biens du corps sont les effets de lois que nous ne pouvons entraver ou changer. Que sert alors de les désirer, puisqu'ils nous arrivent et nous sont ravis au gré d'une nécessité extérieure et supérieure à notre volonté ~. La raison au contraire, c'est-à-dire la communion acceptée et voulue de nos désirs avec l'ordre du monde, est bien nôtre ; les caprices de la fortune ne peuvent nous l'enlever, puisqu'en fin de compte elle consiste à vouloir les choses comme la nécessité les fait venir. Là est la sagesse ; là est la béatitude, là est le souverain bien'. Nous sommes maîtres de nos idées ; nous pouvons nous créer par la pensée un monde imaginaire, loin du cours ordinaire des événements, monde incessamment exposé au heurt douloureux du monde réel ; mais nous pouvons aussi identifier nos désirs et nos pensées avec la loi du monde, et