‹ DescartesChapitre 153 sur 172 · Voir supra, liv. II, ch · texte numérisé non relu

Voir supra, liv. II, ch

S. Lespass., IV, 72.

une création véritable de mouvement, c'est-à-dire une infraction à l'une des lois générales de l'univers. L'union de l'âme et du corps ne résulte donc pas d'une action réciproque de ces deux substances d'essence contraire. Que peut-elle être alors, sinon un parallélisnae, une correspondance de phénomènes? Du monde extérieur à l'àme, la causalité, qui provoquait et expliquait les mouvements successifs du dehors aux organes, des organes aux nerfs, des nerfs au cerveau, fait brusquement défaut, lorsque surgit, à la suite de cette série de phénomènes mécaniques , le phénomène conscient , l'acte défini de pensée. Inversement de l'âme au monde extérieur, une fois donné le mouvement de la glande pinéale, le reste va de soi et s'explique, le jeu des esprits, les contractions des muscles^ les déplacements des pièces de la machine osseuse ; mais entre l'acte défini de pensée qui l'a précédé et provoqué, et ce mouvement de la glande pinéale, origine et raison de toute une série de mouvements, ne se manifeste aucune causalité. Des mouvements successifs ne sont, au fond, que des transformations d'un mouvement initial ; un mouvement et une pensée ne peuvent être tenus par des transformations l'un de l'autre; le mouvement n'a rien de commun avec la pensée et ne peut l'engendrer; de même la pensée n'a rien de commun avec le mouvement et ne peut le produire. Sur ce point, le langage de Descartes ne difTère pas de celui que tient de nos jours la science expérimentale; elle suit, comme l'avait fait Descartes, le jeu des mouvements dans les divers milieux de l'organisme, elle en explique la production;

mais elle s'avoue impuissante à rendre compte de la succession de la pensée consciente et du mouvement. Conscience et mouvement sont pour elle phénomènes absolument originaux, irréductibles l'un à l'autre, qui se suivent, mais ne s'engendrent pas réciproquement. Cette solution, dont la science, uniquement occupée des phénomènes et de leurs lois, se contente, ne satisfait pas la métaphysique, et c'est en métaphysicien et non pas en savant que Descartes envisage la question des rapports de l'àme et du corps. Gomment expliquer cette correspondance des phénomènes corporels et des phénomènes conscients ? La réponse de Descartes est rapide et superficielle; comme si cette question, l'une des plus importantes de la métaphysique, l'avait importuné, il la résout brièvement, en passant, en ébauche, pour ainsi dire. Au fond, la solution qu'il en indique est une esquisse des solutions plus élaborées qu'en présenteront plus tard Malebranche et Leibnitz ; on y voit se marquer d'abord une tendance à ne considérer les mouvements du corps que comme l'occasion des mouvements de l'àme, et les volontés que comme l'occasion des mouvements du corps. « C'est Dieu aussi, écrit-il à la prin- « cesse Elisabeth, qui a disposé toutes les autres choses « qui sont hors de nous pour faire que tels ou tels « objets se présentassent à nos sens à tel ou tel temps, à « l'occasion desquels il a su que notre libre arbitre se « déterminerait à telle ou telle chose ^ » Voilà pour l'action de l'âme sur le corps. Voici main-

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