Ed. Garnicr, III
L'AME Er LE COUPS 2G1
tenant pour l'action du corps sur l'âme : « .... Aucunes « idées des choses ne nous sont représentées par eux « (les sens) telles que nous les formons par la pensée, « en sorte qu'il n'y a rien dans nos idées qui ne soit a naturel à l'esprit et à la faculté qu'il a de penser, « si seulement on excepte certaines circonstances qui « n'appartiennent qu'à l'expérience. Par exemple, c'est « la seule expérience qui fait que nous jugeons que telle « ou telle idée que nous avons maintenant présente à « l'esprit se rapporte à quelques choses qui sont hors « de nous, non pas à la vérité que ces choses les aient « transmises en notre esprit par les organes des sens, « telles que nous les sentons, mais à cause qu'elles « nous ont transmis quelque chose qui a donné occasion u à notre esprit, par la faculté naturelle qu'a l'âme « de les former en ce temps-là plutôt qu'en un autre: » et, quelques lignes plus loin, cet occasionnalisme est formulé avec une précision plus grande encore : <( Rien « ne peut venir des objets extérieurs jusqu'à notre âme « par l'entremise des sens que quelques mouvements « corporels; mais ni ces mouvements mêmes, ni les « figures qui en proviennent ne sont point conçus « par nous tels qu'ils sont dans les organes des sens... « d'où il suit que même les idées du mouvement et des '< figures sont naturellement en nous. Et, à plus forte u raison, les idées de la douleur, des couleurs, des « sens et de toutes les choses semblables nous doivent- « elles être naturelles, afin que notre esprit, à l'occasion « de certains mouvements corporels avec lesquels elles « n ont aucune ressemblance, se les puisse représen-
« ter *. » Mais, pour (jue des pensées définies et des mouvements définis se suscitent ainsi mutuellement, il faut que ces deux ordres de faits soient dans une sorte d'iiarmonie préétablie. Descartes avoue, sans l'appeler de sou nom véritable, cette conséquence de sa doctrine. «■ Quand Dieu, lisons-nous dans le Traité de « l'homme, unira une âme raisonnable à cette machine, « il lui donnera son siège principal dans le cerveau et « la fera de telle nature que selon les diverses façons « que les entrées des pores (pii sont en la superficie « intérieure de ce cerveau seront ouvertes par l'entre- « mise des nerfs; elle aura divers sentiments 2. »
Pourtant Descartes semble parfois reconnaître à rame une puissance efficace sur le corps, que ce dualisme absolu de la substance étendue et de la substance pensante paraît logiquement exclure. « Lorsque l'âme, « lisons-nous dans les Passions, veut se souvenir de « quelque chose, cette volonté fait que la glande, se « penchant successivement vers divers côtés, pousse les « esprits vers divers endroits du cerveau. .. Quand on veut « imaginer quelque chose qu'on n'a jamais vue, cette « volonté a la force de faire que la glande se meut en (( la façon qui est requise pour tourner les esprits vers « les pores du cerveau *. » Il semble bien que dans ces passages il s'agisse d'une action véritable et non d'une sinqile liaison de faits. D'ailleurs on lit dans une lettre