Lett., X
lant aux sens, l'autre purement intelligible, fait d'étendue et de mouvement, apparaissant à l'entendement. De ces deux mondes, le premier est illusoire, le second seul est réel. La connaissance du monde extérieur est œuvre de l'entendement. « Les corps mêmes ne sont « pas proprement connus par les sens, ou par la faculté « d'imaginer, mais par le seul entendement, et ils ne « sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchés, « mais seulement de ce qu'ils sont entendus \ » Être entendus, ce n'est pas être compris au sens vulgaire du mot, c'est être dan^ l'entendement, c'est être clairs et distincts, en un mot, pour Descailes, c'est être âpriori. N'avons-nous pas vu figurer dans la nomenclature des connaissances innées l'étendue, essence des corps, et ses dérivés, les figures et les mouvements ^? Le monde extérieur, en ce qu'il a de géométrique, c'est-à-dire d'intelligible et partant de réel, est donc un système d'idées claires et distinctes, qui sont dans l'esprit en vertu de sa constitution même et de son rapport avec l'auteur éternel des choses, et non pas un ensemble de sensations reçues dans la pensée au cours de l'expérience. Nos idées des choses extérieures font partie de notre entendement.
A vrai dire, on peut les en supposer absentes sans que pour cela la pensée soit anéantie, et en ce sens Descartés a eu raison de dire que l'étendue et la pensée sont essences radicalement distinctes. Mais il n'en est pas moins vrai qu'à nos yeux l'extension et la figure ne