Princip., l'« part., 51 ; III
A. Princip., l"^ part., Ul; III, 9a.
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qui n'existeraient pas si elles n'avaient pas reçu l'existence et qui cesseraient d'exister si la main qui les soutient venait à se retirer. Descartes en est réduit à invoquer la claire distinction qui sépare l'idée de Dieu de celle des corps et des esprits. Mais, de deux choses l'une : ou les réalités auxquelles correspondent ces idées distinctes sont substantiellement différentes; alors elles sont absolument indépendantes l'une de l'autre; la nature existe en soi et par soi au même titre que Dieu, et dans ce cas on se demande comment est possible l'unité de la connaissance; ou bien, malgré la distinction idéale qui les sépare, la nature dépend de Dieu; alors elle est Dieu, manifesté soit d'une façon nécessaire, soit d'une façon gratuite, et elle n'a qu'un semblant d'existence. Descartes bannit toute nécessité de l'idée de Dieu ; fidèle aux enseignements de la foi chrétienne, entre la production fatale et la production gratuite du monde, il opte pour la création, mais sans chercher à en pénétrer le mystère, sans se demander comment les substances créées viennent de Dieu, restent attachées à lui et en sont cependant indépendantes. Spinosa définira comme lui la substance ce qui existe en soi et est conçu par soi, et il fera du monde des corps et du monde des esprits une double manifestation nécessaire de la substance éternelle et infinie. Descartes eût reculé devant ces conséquences comme devant un sacrilège; pourtant, il ne peut parvenir à tenir la balance égale entre la nature et Dieu; il laisse l'élément théologique l'emporter sur l'élément naturaliste ; témoin ce passage significatit de la sixième médi-
tation : « Par la nature considérée en général, je n'en- « tends maintenant autre chose que Dieu môme, ou « bien l'ordre et la disposition que Dieu a établis dans « les choses créées *. » Spinosa n'est pas loin. C'est vainement que Descartes prétend enrayer ce mouvement logique qui pousse le monde à s'unir à Dieu, en proclamant dès le début l'absolue liberté du premier principe; le ton même dont il écrit à Mersenne dès 1630 : « Ne « craignez point, je vous prie, d'assurer et de publier « partout que c'est Dieu qui a étabhces lois en la nature, a ainsi qu'un roi établit les lois en son royaume ", » est d'un homme qui veut se rassurer lui-même et rassurer ses lecteurs. D'ailleurs qu'est cette volonté absolument libre, qui, comme nous l'avons déjà vu et comme nous le reverrons bientôt, se confond avec l'entendement?
Le dualisme des substances étendues et des substances pensantes , si énergiquement affirmé par Descartes, est lui-même, dans l'ensemble de sa doctrine, plus nominal que réel. Nul philosophe n'a marqué avec plus de force et de clarté, la distinction du mouvement et de la conscience. Rien de plus vrai que cette distinction, si l'on envisage seulement les phénomènes. Que du mouvement sortent, par une espèce de transmutation, tous les autres phénomènes de la nature; qu'ils reviennent tous au mouvement, il n'y arien d'inintelligible scientifiquement. Mais, en fait, rien de commun entre le mouvement et la pensée. Le savant peut et doit