‹ DescartesChapitre 39 sur 172 · Princip., liv. IV, art. 198, III · texte numérisé non relu

Princip., liv. IV, art. 198, III

cartes sur la matière étendue et sur le plein absolu du monde ne se prêtait pas à la définition vulgaire du mouvement, le transport d'un corps d'un lieu dans un autre. Cette notion implique, en effet, une différence entre les corps et les lieux qu'ils occupent, et Descartes efface cette différence, en identifiant les corps et l'étendue. Mais comment les parties d'un tout absolument plein peuvent-elles se mouvoir? Ne semble-t-il pas que ce monde purement géométrique soit, à tout jamais, comme pris dans les glaces? Descartes se sort de peine en définissant le mouvement « le transport d'une partie <( de la matière ou d'un corps, du voisinage de ceux qui « le touchent immédiatement, et que nous considérons (( comme en repos, dans le voisinage de quelques au- « très '. » Dès lors, à la condition d'admettre que tout mouvement se conuTiunique instantanément % et que les vides qui, en tout autre système, tendraient à se former par le déplacement des parties, sont, à l'instant même, comblés par d'autres parties, on conçoit que les corps ne demeurent pas à tout jamais dans le voisinage des mêmes corps. Il en résulte que, pour tout mouvement, « un cercle ou anneau de corps se meuvent ensemble ^ »

1. Princip., liv. II, art. 25, III, UO. — « Quand un corps se nneut, il passe d'un lieu dans un autre et occupe successivement tous les espaces qui sont entre deux. » {Lemoiide, cli.7, IV, 255.)

2. « ... Ce qui vous empêchera de trouver étrange que cette lumière puisse étendre ses rayons en un instant depuis le soleil jusqu'à nous; car vous savez que l'action dont se meut l'un des bouts d'un bâton doit aussi passer en un instant jusqu'à l'autre, et qu'elle y devrait passer en même sorte, encore qu'il y aurait plus de distance qu'il n'y en à depuis la terre jusqu'aux cieux. » {Dlopti'iq., dise, le^; V, 7.)

3. « Après ce qui a été démontré ci-dessus, que tous les lieux sont

Le mouvement ainsi défini, venons à ses causes. Négligeons, pour l'instant, la cause première de tous les mouvements qui sont en l'univers, cause de l'immutabilité de laquelle résulte la constance dans la quantité du mouvement existant, pour n'en considérer que les causes physiques et naturelles, ce que Descartes lui-même en appelait les lois générales. Elles sont au nombre de trois et s'énoncent en ces termes : 1° Chaque chose en particulier continue d'être en même état autant qu'il se peut, et jamais elle ne le change que par la rencontre des autres. C'est la formule même de l'inertie de la matière; par elle-même, la matière est indifférente au repos ou au mouvement ; elle persisterait indéfiniment en un état donné, si quelque cause extérieure ne l'en faisait pas sortir. 2° Chaque partie de la matière, en son particulier, ne tend jamais à se mouvoir suivant des hgnes courbes, mais suivant des hgnes droites. 3" Si un corps qui se meut et qui en rencontre un autre a moins de force pour continuer de se mouvoir en ligne droite que cet autre pour lui résister, il perd de sa détermination sans rien perdre de son mouvement, et^ s'il a plus de force, il meut avec soi cet autre corps et perd autant de son mouvement qu'il lui en

pleins de corps, et que chaque partie de la matière est tellement proportionnée au lieu qu'elle occupe, qu'il n'est pas passible qu'elle en remplisse un plus grand et qu'elle se resserre en un moindre , ni qu'aucun autre corps y trouve place pendant qu'elle y est. nous devons conclure qu'il faut nécessairement qu'il y ait toujours un cercle de matière et anneau de corps qui se meuvent ensemble en même temps, en sorte que, quand un corps quitte sa place à quelque autre qui léchasse, il entre en celle d'un autre, et cet autre en celle d'un autre, et ainsi de suite jusqu'au dernier, qui occupe au même instant le lieu délaissé par le premier. » {Princip., l'v. II, art. 33, III, 147.)

donne '. Si l'on joint à ces lois générales les règles plus particulières suivant lesquelles les corps se transmettent le mouvement les uns aux autres -, on tient tous les secrets du monde. Tout se débrouille, tout s'ouvre, tout s'éclaire, et, de la formation des astres à celle de l'embryon, une inflexible et infaillible logique dévoile un à un tous les mystères de la nature.

Nous ne pouvons songer à suivre Descartes pas à pas dans cette immense déduction, qui^ des phénomènes les plus généraux, s'avance méthodiquement et victorieusement vers des phénomènes plus particuliers. C'est d'abord les cieux que nous voyons se former : la matière s'agglomère en soleils aux centres des tourbillons; ces tourbillons se meuvent, emportant les corps qu'ils contiennent; ces corps se groupent suivant des rapports fixes, et du seul mouvement naît cette harmonie des corps célestes qui enchantait les savants et poétiques penseurs de l'école italique. Puis ce sont les phénomènes terrestres, la pesanteur, la lumière, la chaleur et les autres, dont les lois se découvrent. Le mouvement suffit à les expliquer tous. Qu'est la pesanteur? Un effet du mouvement \ La lumière? Un mouvement des particules les plus petites de la matière \ La

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