‹ DescartesChapitre 41 sur 172 · Lett., VI · texte numérisé non relu

Lett., VI

« même, et l'utilité qu'on doit espérer de cette connais- « sance ne regarde pas seulement la morale., ainsi qu'il (( semble d'abord à plusieurs, mais particulièrement (( aussi la médecine, en laquelle je crois qu'on aurait « pu trouver beaucoup de préceptes très assurés tant « pour guérir les maladies que pour les prévenir et « même aussi pour retarder le cours de la vieillesse, si « l'on s'y était assez étudié à connaître la nature du corps « et qu'on n'eût point attribué à l'âme les fonctions qui « ne dépendent que de lui, et de la disposition de ses « organes^ » Mais une telle médecine ne pouvait s'accommoder de ces puissances ambiguës auxquelles on rapportait comme à leurs causes les états normaux et les états pathologiques du corps humain, car si elles sont puissances de l'âme, ou seulement puissances analogues, elles ont une spontanéité qui les soustrait à la science, et leur permet de déjouer tout calcul et toute prévision. Descartes le comprit, et il détacha la médecine de la métaphysique pour l'incorporer à la physique. Il vit de plus cette vérité, qui devait se perdre après lui, et reparaître seulement de nos jours, que la science des états pathologiques a pour fondement la connaissance des fonctions normales du corps.

Son œuvre en biologie est la suite et la conséquence de son œuvre en physique. Le corps humain est un corps

4. Traité de la format, du fœtus^ IV, 491. — Cf. Disc, de la méth.^ 6« partie, I, 192 : « Au lieu de cette philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique... ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices... mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le premier fondement de tous les autres biens de cette vie. »

LiARD. — DESCARTE3. 6

comme tous les autres; dès lors, il a pour essence^ retendue, et en lui tout s'explique par figure et mouvement. Les phénomènes vitaux sont régis par les loisgénérales de la nature; à la complexité près, ils sont semblables aux autres phénomènes, et, comme eux, font partie de la machine universelle. Il se peut que la découverte de la circulation du sang par Harvey ait été, pour Descartes, la révélation d'une façon nouvelle d'expliquer les choses de la vie. Mais, qu'il s'en soit inspiré ou qu'il y ait vu seulement la confirmation de ses propres idées, Descartes garde, aux yeux de l'histoire, le mérite d'avoir énoncé le premier cette théorie générale que tous les phénomènes de la vie, même les plus mystérieux et en apparence les plus éloignés du mécanisme brut, se résolvent en mouvements et s'expliquent ainsi, comme le reste du monde.

Le corps vivant est donc une machine « où toutes « les fonctions résultent de la seule disposition des « organes, ni plus ni moins que les mouvements d'une 'i horloge ou autre automate de celle de ses contre-poids « et ressorts \ » Par suite, la différence entre un corps vivant et un corps privé de vie sera la même qu'entre « une montre ou autre automate, lorsqu'elle est montée « et qu'elle a en soi le principe corporel des mouve- « ments pour lesquels elle est instituée... et la même « montre ou machine, lorsqu'elle est rompue et que le « principe de son mouvement cesse d'agir \ » Le corps vivant recèle en soi un principe de mouvement, em-

l.i)e Z'iîom., IV, 4.2G.

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