UHom.^ passim. Cf, Bloptriq,^ dise
fonction motrice est mécaniquement subordonnée à sa fonction sensible. Sur ce point encore, s'il a laissé à trouver la lettre de la science, il en a découvert l'esprit. Ainsi rhomme est dans le monde comme une machine dans une machine : la digestion des viandes, le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, la respiration, la veille et le sommeil, la réception de la lumière, des sons, des odeurs, des goûts, de la chaleur et des autres qualités dans les organes des sens extérieurs, les mouvements de tous les membres qui suivent si à propos tant des actions des objets qui se présentent aux sens extérieurs que des passions et des impressions de la mémoire, tout cela est pur mécanisme, et ce système hmité, clos en apparence de toutes parts, est rattaché, par toutes ses parties, au vaste système de l'univers. En l'un comme en l'autre sont même matière, mêmes phénomènes et mêmes lois.
Telles sont, en esquisse, les lignes de la physique cartésienne. Le temps devait en effacer quelques-unes; mais les principales persisteraient, pour être accentuées davantage par les découvertes modernes de la science. Tout est loin d'être vrai dans cette physique; bien des parties du système ont reçu de l'expérience un démenti sans réplique. Ainsi l'hypothèse d'un milieu continu, où, suivant Descartes, se propage le mouvement, devait faire place à l'hypothèse plus vraisemblable d'un milieu élastique ; à la théorie des tourbillons devait succéder bientôt celle de la gravitation universelle ; l'erreur de ce
principe que la quantité de mouvement est constante dans l'univers ne devait pas tarder à être reconnue et corrigée par Leibnitz. Qu'importe? L'âme du système, si l'on peut ainsi parler d'un système où tout est mécanisme, était vivante et durable. Pour s'en convaincre, il suffit de voir à quelles conclusions la science aboutit de nos jours, par des voies étrangères à celles que Descartes a suivies. Pour elle aussi, tout, dans la nature, se résout en mouvement; les phénomènes les plus divers ont des équivalents mécaniques; les changements d'état, les propriétés les plus dissemblables des corps, sont des changements dans la position de leurs parties; les lois particulières se fondent en des lois plus générales, celles-ci en de plus générales encore, et déjà l'on peut pressentir le jour où 'les infiniment grands et les infiniment petits de la nature seront ramenés aux mêmes règles. Le mécanisme universel sera, ce semble, le dernier mot de la science, comme il en fut le premier. Descartes n'a donc pas seulement, comme Kepler, Galilée, Harvey, et après lui Newton, enrichi la science de quelque découverte à tout jamais acquise; il en a tracé le programme, posé les principes et déterminé le but, et, si par une confiance exagérée, sans doute, dans les forces de l'esprit, il a voulu, avec des méthodes encore imparfait^?, réaliser ce programme à lui seul, cette grande aventure, malgré d'inévitables échecs, devait être féconde.