Le monde, IV
suivant des lignes droites, car le mouvement rectiligne est plus simple que tout autre mouvement, et Dieu agit toujours d'une manière immuable et par les opérations les plus simples. — Enfin, si un corps qui se meut et qui en rencontre un autre a moins de force pour continuer de se mouvoir en ligne droite que cet autre pour lui résister, il perd sa détermination sans rien perdre de son mouvement, et, s'il a plus de force, il meut avec soi cet autre corps et perd autant de mouvement qu'il lui en donne. C'est encore, d'après Descartes, une conséquence de ce que « Dieu ne change jamais sa façon <( d'agir et qu'il conserve le monde avec la même action « qu'il l'a créé ^ »
Ainsi, de la méthode seraient directement sorties les mathématiques, puis la métaphysique, et de l'idée de Dieu, conçu comme l'auteur immuable du monde, auraient découlé les notions fondamentales de la physique. Celle-ci proviendrait donc en droite ligne de la métaphysique, et indirectement de la méthode, puisque la métaphysique elle-même est une application de la méthode. De la sorte, les mathématiques, où l'on voit une première application de la méthode à la connaissance des choses, ne seraient pas une partie, mais un instrument de la science ; la science véritable commencerait avec la connaissance de Dieu, tirée de la connaissance du moi conscient, et se continuerait par la connaissance du monde, dérivée de la connaissance de Dieu.
Que telle ait été la dernière intention systématique de
, 1. Pn»ci^i., !iv. II, art. 36 à 42, III, 150 sqq.
Descartes, l'ordre suivi dans les Principes, la dernière de ses œuvres et celle où le plus de ses pensées est ramassé, ne permet pas d'en douter. Le livre s'ouvre par l'exposé des raisons que l'homme, en quête de la vérité, peut avoir de douter; il se continue par le Cogito ergo sum^ l'évidence posée en critérium de certitude, les preuves de l'existence de Dieu, et cette déduction des lois générales de la matière, plus haut rapportée, qui conduit au système du monde matériel. Mais est-ce à dire cependant que les pensées de Descartes se soient engendrées dans cet ordre, qu'il soit passé de la mathématique universelle à la métaphysique, pour venir ensuite à la physique? Ou bien, cédant à une nécessité métaphysique, et pour des raisons étrangères à la science telle que nous la comprenons aujourd'hui, n'a-t-il pas rattaché après coup à la notion du premier principe des choses sa théorie du monde matériel, sortie spontanément de sa méthode? Cette question demande un sérieux examen.
Nous savons, en premier lieu, que jusqu'en 1629, ou tout au moins jusqu'à la fin de 1628, Descartes n'avait pas encore eu souci de la métaphysique. Il vivait, depuis 1619, sans avoir pris parti touchant les difficultés qui ont coutume d'être disputées entre les doctes, et sans avoir « commencé à chercher les fondements « d'aucune philosophie plus certaine que la vulgaire *. » Nous savons, d'autre part, qu'il consacra à des méditations métaphysiques les neuf premiers mois de sa retraite