La vie de M. Desc, II
2. Nous pouvons citer encore à l'appui de notre thèse ce passage significatif de lépître dédicatoire des Méditations (IQM) : « Et enfin, d'autant que plusieurs personnes ont désiré cela de moi, qui ont connu que j'ai cultivé une certaine méthode pour résoudre toutes sortes de difficultés dans les sciences, méthode qui de vrai n'est pas nouvelle, n'y ayant rien de plus ancien que la vérité, mais de laquelle ils savent que je me suis assez heureusement servi en d'autres rencontres, j'ai pensé qu'il était de mon devoir d'en faire aussi l'épreuve sur une matière si importante. » (1,218.)
LiARD. — DESCARTES. 7
• métaphysique. Est-ce à dire cependant qu'il n'en tienne pas aussi les principes essentiels poiir des produits, directs et légitimes de sa méthode? Sur ce point, ses déclarations sont nombreuses et claires. Avant de les recueiUir, rappelons-nous ce qu'est la méthode cartésienne en général, qu'elle se propose de découvrir en toutes choses composées Les éléments simples et indécomposables dont elles sont faites, éléments clairs, distincts, brillant par eux-mêmes d'une clarté qui s'impose, et, avec ces éléments, de construire et d'expliquer, par une composition graduelle, les choses les plus complexes. Le point de départ de la physique est assurément la représentation d'un monde hors de nous, représentation multiple, complexe, faite des sensations les plus différentes, formes étendues, couleurs, lumière, chaleur, sons, odeurs, saveurs, combinées entre elles de mille manières. 11 s'agit d'abord, selon la méthode, de résoudre cette multiplicité indéfiniment variée de sensations en natures simples et absolues. Tels sont précisément, aux yeux de Descartes, l'étendue et le mouvement : « Remarquons, dit-il, que ce chaos ima- « ginaire ne contient aucune chose qui we vous soit a si parfaitement connue que vous ne sauriez feindre de « l'ignorer, car pour les qualités que j'y ai mises, si « vous y avez pris garde, je les ai seulement supposées <c telles que vous pouviez les imaginer. Et, pour la ma- « tière dont je Fai composé, il n'y a rien de plus simple <i ni de. plus facile à connaître dans les créatures inani- « mées, et son idée est tellement comprise en toutes « celles que notre imagination peut former, qu'il faut
« nécessairement que vous la conceviez ou que vous « n'imaginiez jamais aucune chose'. » Ainsi l'étendue gît, comme facteur nécessaire, au fond de toutes les notions des choses extérieures. A quel signe le reconnaîton? A la clarté et k la distinction dont cette notion est investie, en opposition à l'obscurité et à la confusion de toutes les autres. « Je trouve qu'il ne s'y rencontre — « dans les idées des choses corporelles — que fort peu « de chose que je conçoive clairement et distinctement, « à savoir la grandeur ou bien l'extension en longueur, « largeur et profondeur, la figure qui résulte de la ter- « minaison de cette extension, la situation que les corps « diversement figurés gardent entre eux, et le mouve- « ment et le changement de cette situation, auxquels on « peut ajouter la substance, la durée et le nombre... « Quant aux autres choses, comme la lumière, les cou- « leurs, les sons, les odeurs, les saveurs, la chaleur, le « froid et les autres qualités qui tombent sous l'attouche- « ment, elles se rencontrent dans ma pensée avec tant a d'obscurité et de confusion que j'ignore si elles sont « vraies ou fausses * . »
Étendue, forme, rapports de situation, changements de situation, voilà les éléments irréductibles du monde matériel. Ge sont bien là de ces notions claires et distinctes, devant lesquelles l'analyse s'arrête, impuissante à en découvrir de plus simples et de plus évidentes, de ces natures absolues qui sont, d'après la méthode, en. tout ordre de connaissances, le terme de la recherche.