CHAPITRE IV
DU RÔLE DE l'expérience DANS LA PHYSIQUE CARTÉSIENNE
Jamais physicien ne fut, semble-t-il, plus dédaig-neux de l'expérience que Descartes. \u lieu d'induire des faits observés les lois qui les régissent, il prétend les déduire des notions pures de l'entendement; au lieu d'aller des effets aux causes, il procède des causes aux effets ; renversant l'ordre de recherches inauguré par les savants de la Renaissance, il proclame que la connaissance de la cause doit précéder celle des effets K L'expérience semble peser si peu pour lui, qu'il invite son lecteur « à sortir de ce monde, pour en venir voir « un autre tout nouveau qu'il fera naître en sa présence « dans des espaces imaginaires K » Il dirait volontiers : pour faire la théorie du monde matériel, il faut perdre
. 1. Regul., Reg. 6;, XI, 228 : « Si nous voulons trouver ce que c'est que l'effet, il faut d'abord connaître la cause, et non pas-1'elïet avant la cause. » — Cf. Disc, de la méth., 6^ part., 1, 194^ 2. le monde, ch. 6, IV, 246.
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jusqu'au souvenir de la matière, ne rien emprunter aux représentations sensibles, tout demander à l'entendement pur, négliger tous les résultats de l'observation, et « considérer seulement ces semences de vérités qui « sont naturellement en nous-mêmes *. » De ces semences, idées claires et distinctes de l'étendue, de la figure et du mouvement, il fait sortir, par une déduction progressive, les lois générales du mouvement, la formation des cieux, des astres, de la terre, l'explication de la lumière et des principaux phénomènes physiques, celle de la vie et des phénomènes les plus obscurs qui s'y rattachent, en un mot une théorie géométrique et mécanique de l'univers corporel.
Pourtant ce géomètre novateur, qui astreint les choses de l'expérience à la procédure des mathématiques, était aussi un observateur habile et passionné. Dans les nombreux et lointains voyages qui précèdent sa retraite en Hollande, il n'étudie pas seulement les hommes, leurs opinions, leurs coutumes et leurs mœurs; il observe et note avec soin les particularités physiques des pays qu'il parcourt, montagnes, fleuves, climats, météores ^. Retiré en Hollande, nous savons par sa correspondance et les récits de ses biographes, que les expériences les plus diverses ne l'occupaient pas moins que les méditations métaphysiques. « Il employa, nous dit Bail- « let, tout l'hiver qu'il passa à Amsterdam (1629) à « l'étude de l'anatomie. Il témoigne au P. Mersenne que