Le monde, ch. 6, IV
« dessein d'expliquer les effets par leurs causes, et non « les causes par leurs effets, mais afin que nous « puissions choisir^ entre une infinité d'effets qui « peuvent être déduits des mêmes causes^ ceux « que nous devons principalement tâcher d'en dé- « duire'. » De la sorte, la déduction ne courra pas risque de s'aventurer et de s'enfoncer dans un monde logiquement vrai, mais différent du monde réel. Sans les faits pour guide, serait-elle assurée de ne pas s'égarer en des constructions purement imaginaires? Gomme Descartes le remarque, un même concours de causes peut produire une infinité d'effets différents. Lesquels de ces effets sont vrais? La déduction est par elle-même impuissante à le dire ; seule l'expérience peut nous le faire savoir. Et la même question se pose à chaque stade de la déduction. L'esprit se trouve placé pour ainsi dire à la bifurcation d'un grand nombre de voies. Laquelle choisir? L'expérience, en nous révélant les faits, le décidera. Les faits observés sont en quelque sorte, pour Descartes, les poteaux indicateurs placés à chaque entrecroisement des voies, sur le chemin que doit suivre la déduction, pour parvenir à l'explication complète de la nature.
On s'en convaincra aisément si l'on parcourt les étapes successives de la déduction cartésienne. Elle part, on le sait, des lois générales du mouvement, déductivement extraites de l'idée d'un premier principe des choses parfait et immuable, ou, ce qui est plus probable, accep-