‹ DescartesChapitre 65 sur 172 · Frincip., liv. III, art 4., III · texte numérisé non relu

Frincip., liv. III, art 4., III

tées comme principes à cause de la clarté irrésistible dont elles sont investies. Or l'énoncé de chacune de ces lois est assorti chez Descartes, ne disons pas encore d'une preuve, mais d'une illustration expérimentale, dont le but est d'établir qu'elles ne sont pas étrangères à notre monde. La première de ces lois est que <( chaque chose en particuher continue d'être en même « état autant qu'il se peut, et que jamais elle ne le « change que par la rencontre des autres. » Ainsi, ajoute immédiatement Descartes^ « nous voyons tous les jours, « lorsque quelque partie de cette matière est carrée, « qu'elle demeure toujours carrée, s'il n'arrive rien « d'ailleurs qui change sa figure, et que, si elle est en « repos, elle ne commence point à se mouvoir de soi- « même. » La seconde loi est que « chaque partie de la « matière en son particulier ne tend jamais à continuer « de se mouvoir suivant des lignes courbes, mais suivant « des hgnes droites, bien que plusieurs de ces parties « soient souvent contraintes de se détourner, parce « qu'elles en rencontrent d'autres en leur chemin, et (( que lorsqu'un corps se meut il se fait toujours un « cercle ou anneau de toute la matière qui est mue ence semble. » La preuve déductive de cette loi en suit l'énoncé; mais l'illustration expérimentale ne se fait pas attendre. « Nous en sommes assurés, dit Descartes, par « l'expérience, pour ce que cette pierre (une pierre mue « par une fronde) avance tout droit vers G lorsqu'elle « sort de la fronde et ne tend en aucune façon à se (( mouvoir vers B. Ce qui nous fait voir manifestement « que tout corps qui est mû en rond tend sans cesse à

;< s'éloigner du centre du cercle qu'il décrit. Et nous le pouvons même sentir de la main, pendant que nous faisons tourner cette pierre dans cette fronde. » La troisième loi est « que si un corps qui se meut et qui ( en rencontre un autre a moins de force pour conti- ( niier de se mouvoir en ligne droite, que cet autre

< pour lui résister, il perd sa détermination sans rien ( perdre de son mouvement; et que, s'il a plus de force,

< il meut avec soi cet autre corps et perd autant de son ( mouvement qu'il lui en donne. » Ici encore, l'illustration expérimentale accompagne la preuve à priori.

Ainsi, nous voyons qu'un corps dur que nous avons poussé contre un autre plus grand, qui est dur et ft fermC;, rejaillit vers le côté d'où il est venu et ne perd rien de son mouvement; mais que, si le corps qu'il rencontre est mol, il s'arrête incontinent, pour ce qu'il lui transfère son mouvement '. »

Viennent ensuite les sept lois de la communication du mouvement. Celles-là, Descartes les établit entièrement à priori^ car il part de la supposition que les corps qui se rencontrent « sont parfaitement durs et tellement « séparés de tous les autres, qu'il n'y en a aucun autour « d'eux qui puisse aider ou empêcher leur mouve- « ment ^ » Mais il se hâte de remarquer que, si l'expérience « semble d'abord répugner à ces règles », cela vient de la supposition qu'elles impliquent, et il en conclut, pour prévenir tout écart de déduction, <( la né- « cessité de demander au témoignage des sens en

Page 1