Bise, de la méth., 2^ part., I
est rànic. On dirait que Descartes les propose à son lecteur moins comme un enseignement que connue une
énigme.
Cette énigme, il faut en chercher le sens dans l'œuvre entier de Descartes. La' philosophie cartésienne est en effet tout à la fois le produit, le commentaire et la justification de la méthode. De ce point de vue, la méthode et la philosophie s'éclairent l'une par l'autre.
En premier Heu, la science est une. « Toutes les « sciences réunies ne sont rien autre chose que l'intelli- « gence humaine, toujours une, toujours la même, si « variés que soient les sujets auxquels elle s'applique. » Aussi les sciences diverses sont-elles les parties coordonnées d'un même système, « tellement liées ensemble (( qu'il est plus aisé de les apprendre toutes que d'en « apprendre une seule en la détachant des autres '. » Par suite, la méthode est universelle. En changeant de sujet, l'esprit ne change pas de nature, et, si quelque diversité dans les procédés mis en œuvre semble devoir résulter de la diversité des objets qu'il étudie, les voies suivies par lui sont, en fin de compte, partout les mêmes , ici plus ouvertes , là moins accessibles , mais sans différences essentielles. Les mathématiques fourniront, il est vrai, les illustrations les meilleures et les plus nombreuses de la méthode. C'est qu'elles en sont les premiers fruits, et qu'à ce titre
1. Regul, Reg; 1, xi, 202. Doscartes ajoute : « Si donc on veut sérieusement cherolier la vérité, il ne faut pas s'appliquer à une seule science ; elles se tiennent toutes entre elles et dépendent mutuellca\ent l'une de l'autre. »
elles peuvent en fournir « les exemples les plus évidents et les plus certains '. » Mais elles n'en marquent pas les limites. La méthode les dépasse en tous sens et s'étend à tout le savoir possible.
Gela posé, quelle est cette méthode universelle? — Avant d'en décrire les procédés, il faut en marquer le but. Ce but, c'est la constitution de la science, c'est-àdire « d'un système de connaissances certaines et évidentes ^ » Rien de plus précis que cette définition. Mais aussitôt surgit une difficile question. A quelles choses sont attachées l'évidence et la certitude? Nous venons de voir que, pour Descartes, l'unité de l'intelligence impliquait l'unité de la science. Par suite, toutes les vérités auxquelles nous pouvons atteindre ont une même nature. Une âme commune circule en elles et les relie. Il s'en faut pourtant de beaucoup qu'elles soient toutes comme sur un même plan et d'un égal accès. Il en est de prochaines et d'éclatantes , dont l'évidence nous apparaît de suite, sans intermédiaire; mais il en est aussi, et ce sont les plus nombreuses, de lointaines et de cachées, que Tesprit ne peut atteindre et découvrir sans le secours de la méthode. D'où vient cette différence qui établit à la fois la nécessité de la méthode et en précise le but? '