‹ DescartesChapitre 70 sur 172 · Pnncip., liv. IV, art. i>OS; III · texte numérisé non relu

Pnncip., liv. IV, art. i>OS; III

et la clef. Toute vérité est rationnelle, car toute vérité a pour indice la clarté de l'évidence, et les sensations ne sont jamais exemptes de confusion et d'obscurité. D'autre part, si développant les germes de vérité, innées à toute intellig-ence, nous organisons progressivement le système rationnel des propositions à priori^ rien ne nous garantit que nous faisons face à la réalité sensil)le, et que la déduction coïncide avec elle. L'intervention de l'expérience est donc doublement nécessaire, et pour guider la déduction, la maintenir, à chaque stade de son progrès en présence des problèmes à résoudre, et en prévenir ainsi les écarts, et aussi pour établir par là même la coïncidence de ses résultats et des faits. Voilà, ce nous semble, ce que Descartes appelait l'alliance nécessaire « de l'expérience et de la ratiocination. » Pour lui, la vérité sort du raisonnement à priori^ qui seul procède en enchaînant des idées claires et distinctes, sources de toute vérité. Mais, si les résultats où il aboutit n'ont pas été confrontés avec les faits, ils peuvent être tenus pour une chimère rationnelle. Toutefois les vérités expérimentales ainsi engendrées n'ont pas la certitude absolue et indivisible des vérités, mathématiques ; mais en elles-mêmes, par la liaison logique des ïd^es claires et distinctes dont elles sont faites, elles sont, au regard des laits qu'elles expliquent, toujours entachées d'hypothèse. La concordance des idées et des phénomènes est toujours fragmentaire, et, ne le fût-elle pas, ni l'analyse des idées ni l'observation des phénomènes n'ont en elles-mêmes rien qui nous assure que ce n'est pas là une apparence vaine et un leurre. Mais un tel doute ost

moralement impossible; et d'ailleurs, fussions-nous dupes d'une illusion, « il est aussi utile pour la vie de « connaître des causes ainsi imaginées que si l'on avait <( la connaissance des vraies; car la médecine, les mé- « caniques et généralement tous les arts à qui la con- « naissance de la physique peut servir n'ont pour fin « que d'appliquer tellement quelques corps sensibles les « uns aux autres, que, par la suite des causes natu- « relies, quelques effets sensibles soient produits, ce que « nous ferons tout aussi bien en considérant la suite de « quelques causes ainsi imaginées, bien que fausses, que « si elles étaient les vraies, puisque cette suite est sup- « posée semblable en ce qui regarde les effets sensi- « blés ^ »

Ainsi interprétée et décrite, la procédure suivie par Descartes, dans l'ordre des sciences de la nature, s'éloigne moins qu'on ne l'a généralement pensé de la méthode aujourd'hui en usage dans les mêmes sciences. Au premier abord, le contraste et même l'antagonisme sont frappants : les savants de nos jours demandent à l'expérience les secrets et les lois des phénomènes ; toute conception à priori de la nature est rejetée par eux; ils n'ajoutent foi qu'aux faits observés et aux inductions dûment autorisées par l'expérience ; si, en leurs démarches extrêmes, ils rencontrent un monde mathématique assez semblable au fond à .celui de Descartes, ce n'est pas sur la foi de conceptions innées, mais parce qu'ils ont appris de l'expérience elle-même que les qualités

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