Ire Méd
fait franchir au doute cette limite qui ne semblait pas pouvoir être franchie. Mais, pour y réussir, il appelle à lui des raisons d'un autre ordre. Il n'y a plus ici obscurité, méprise des sens, confusion possible avec les illusions des rêves ; tout est clair, distinct, évident. Où Terreur peut-elle s'y réfugier? Alors Descartes, au moment même où il va douter de toute existence extérieure à l'esprit, imagine cette hypothèse hyperholique d'un Dieu trompeur ou d'un malin génie qui prendrait plaisir à nous duper par une fausse évidence. « Il y a long- « temps, dit-il, que j'ai dans mou esprit une certaine « opinion qu'il y a un Dieu qui peut tout et par qui j'ai été « fait et créé tel que je suis. Or que sais-je s'il n'a point « tait qu'il n'y ait aucune terre, aucun ciel, aucun corps « étendu, aucune figure, aucune grandeur, aucun lieu, « et que néanmoins j'aie les sentiments de toutes ces « choses, et que tout cela ne me semble point exister « autrement que je le vois ' ? » Un tel soupçon comble le doute. D'où vient cette idée d'un Dieu souverainement puissant? Exprime-t-elle quelque chose de réel? Ai-je lieu par suite de redouter sérieusement que des pièges invisibles soient tendus à ma raison? Descartes passe outre à ces questions et s'empresse de conclure « qu'il « n'y a rien de tout ce qu'il croyait autrefois être véritable « dont il ne puisse en quelque façon douter '. » Des choses obscures et confuses, l'interdit s'est entendu aux réahtés les plus claires et les plus distinctes ^.
\. !'•« Méd., 1,241.