Princip., liv. le"-, art. 7; III
LiARD. — DESCARTES. H
l'étendue, et je ne laisse pas de me concevoir entièrement et essentiellement comme une chose pensante. Pensée et étendue sont essences distinctes Tune de l'autre, sans éléments communs; pour concevoir Tune, il n'est besoin de rien emprunter à l'autre, et je ne laisserais pas d'avoir le sentiment complet de mon être pensant, c'est-à-dire jugeant, affirmant, niant, doutant, voulant, imaginant et sentant, alors même qu'aucune notion de l'étendue ne se présenterait à mon esprit. Ma conscience comprend donc des idées qui tiennent seulement à mon être par la conscience que j'en ai, mais qui n'entrent pas dans la composition de mon essence. Voilà donc, dans ma pensée, des idées étrangères à ma pensée. Doisje croire qu'elles attestent à la fois ma propre existence, par la conscience que j'ai d'elles et des existences différentes de la mienne, par la distinction qui les sépare de mon essence? Je ne saurais le croire.
A la conscience de chacune de ces idées claires et distinctes de moi n'est pas lié, comme dans le cas du Cogito ergo sum, le sentiment immédiat d'une existence distincte. Ici, je dois distinguer entre l'essence et l'existence ' ; seule, l'essence est immédiatement sentie; l'existence, n'étant pas l'objet d'une semblable intuition, doit être conclue. Or que puis-je conclure encore? Uniquement que ces essences claires et distinctes de ma propre essence marquent la possibilité d'exister. « L'existence possible est contenue dans la notion ou a dans l'idée de toutes les choses que nous concevons