Rép. aux object.., I
de pensées que nous analysons? Gomme nous le verrons bientôt, Descartes a besoin de se convaincre qu'il n'est pas son propre auteur et qu'il ne tient pas ses facultés de lui-même. A s'en tenir à l'affirmation de l'existence nécessaire contenue implicitement dans l'idée de Dieu, on pourrait croire peut-être que cette idée est au nombre de celles que nous formons nous-mêmes. Dès lors, que nous servirait de savoir que Dieu existe, si son existence n'est pas distincte de la nôtre? Quelle arme nous fournirait cette découverte pour rompre le cercle du doute méthodique touchant la réaUté d'un monde extérieur et la certitude objective de la science? De là ce double effort de Descartes pour se démontrer l'existence distincte de Dieu. Il est manifeste, dit-il d'abord, par la lumière naturelle, qu'il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause efficiente que dans son effet. Donc le néant ne peut rien produire, et ce qui est plus parfait, c'est-à-dire ce qui contient en soi plus de réalité, ne peut être une suite du moins parfait. Or l'idée de Dieu contient plus de réalité, c'est-à-dire plus de perfection, que je n'en sens en moi-même. Donc elle doit avoir été mise en moi par ime nature plus parfaite que je ne suis et qui a même en soi toutes les perfections dont je puis avoir quelque idée ^
Il y a plus. Gomment pourrais-je croire que l'idée de Dieu vient de moi, puisque, si Dieu n'existait pas, je ne serais pas? Je possède quelques perfections, mais je
1. Cf. 3= Mcd., I, 291 : « Il ne serait pas possible que ma nature fût telle qu'elle est, c'est-à-dire que j'eusse cii moi l'idée d'un Dieu, si ce Dieu n'existait véritablement. » Cf. Disc, de laméth., impart., 1, 160.
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sens aussi en moi d'incurables défauts; je doute, je désire, ce qui est marque d'imperfection et de pénurie. Si j'étais l'auteur de mon être, j'aurais de moi-même mes perfections relatives, mais, par la même raison, j'aurais aussi « le surplus que je connais me manquer» et serais ainsi « moi-même infini, éternel, imnmable, « tout connaissant, tout-puissant. » Je dépends donc d'un être plus parfait, duquel j'ai acquis tout ce que j'ai '. Si Dieu n'existait pas et ne m'avait pas créé, de deux choses l'une : ou je n'aurais pas en mon esprit l'idée des perfections qui me manquent, ou je posséderais réellement ces perfections ^
Ainsi, existence réelle et immédiatement sentie du moi pensant, existence possible des choses conçues clairement et distinctement, existence nécessaire d'un être souverainement parfait, voilà les données du problème, que fournit l'analyse des idées. Vont-elles, en se composant, justifier notre propension naturelle à croire à la réalité de ce qui nous apparaît avec clarté et distinction?
En premier lieu, « je sais que toutes les choses que je « conçois clairement et distinctement peuvent être pro- « duites par Dieu teUes que je les conçois ^ » Les choses claires et distinctes sont possibles; Dieu est tout-puissant;
1. Disc, de la méth., 4^ part., I, 161 ; Cf. 3e Méd., I, 291.
2. Cf. Rép. aux object., 1, 375 : « Cette faculté d'avoir en soi ridée de Dieu ne pourrait être en nous si notre esprit était seulement une chose finie, comme il est en effet, et qu'il n'eût point pour cause de son être une cause qui fût Dieu. » (Cf. Ibid.^ 378.)