‹ DescartesChapitre 95 sur 172 · e Mérf., I · texte numérisé non relu

e Mérf., I

par suite, il n'y a pas de doute « qu'il n'ait la puissance « de produire toutes les choses que je suis capable de « concevoir avec distinction, et je n'ai jamais jugé qu'il « lui fût impossible de faire quelque chose que par cela (( seul que je trouvais de la contradiction à le pouvoir « bien concevoir ^ . »

Mais rien dans l'idée de Dieu ne nous assure qu'il ait réellement produit ce dont l'existence n'implique pas contradiction. Descartes, nous le verrons plus tard, donne à Dieu, comme attribut suprême, la liberté absolue. Or, si une liberté absolue peut être une puissance intinie, comme en elle ne se rencontre aucun vestige de nécessité, on ignore à ffiori si elle a produit ou non quelque chose hors d'elle-même. Avec la liberté absolue pour principe, l'existence du monde ne peut être qu'une création gratuite, et seule l'existence du monde peut prouver la création. Or, ici, cette existence même est en question.

C'est donc, ce semble, à l'expérience qu'il faut recourir pour mettre hors de doute la réalité du monde extérieur. Descartes n'avoue pas cette conséquence. Et cependant cette propension. à croire à la réalité de ce qui nous paraît vrai, que ce long circuit de pensées a pour but de justifier^ qu'est-ce autre chose qu'un fait d'expérience? Mes idées ont des causes; la lumière naturelle m'apprend que <( toute la réalité ou toute la perfection, « qui n'est qu'objectivement dans les idées, doit être

1. 6e Méd., I, 331 — Cf. jRéj». aux object., II, 38 : « Dieu qui peut faire toutes les choses que je conçois clairement et distinctement comme possibles. »

« formellement ou éminemment dans leurs causes'. » Mes idées ne viennent pas du néant, puisqu'elles sont quelque chose; elles viennent donc ou de moi, ou de Dieu, ou de corps véritables, ou de quelques natures plus nobles que les corps ^ Qu'elles viennent de moi, c'est chose manifestement impossible; « nous expéri- « mentons en effet en nous-mêmes qu'il n'est pas en notre pouvoir de faire que nous ayons un sentiment plutôt qu'un autre \ » Que Dieu présente « à notre âme « immédiatement par lui-même l'idée de cette matière « étendue ou qu'il permette seulement qu'elle soit (( causée en nous par quelque chose qui n'ait point « d'extension, de figure ni de mouvement^ » c'est chose incompatible avec sa perfection souveraine * . Je sens en effet en moi « une grande inclination à croire que a mes idées des corps partent de choses corporelles \ » Comment alors excuser Dieu de tromperie « si en effet « ces idées partaient d'ailleurs ou étaient produites par « d'autres causes que par des choses corporelles ^? » Or Dieu est l'auteur de mes facultés, il ne peut tromper sa créature, « parce que cela répugne à sa nature » souverainement parfaite et bonne. Je dois donc croire sur la foi des tendances de ma volonté consécutive des clartés de mon entendement, tendances justifiées par la perfection de Dieu, « qu'il y a une certaine substance

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