‹ DescartesChapitre 99 sur 172 · Méd., I · texte numérisé non relu

Méd., I

elles l'avoir, puisque je ne les tiens pas de moi-même, puisque je suis créé?

Etudions les faits. La connaissance résulte du concours de deux causes : la faculté de concevoir, l'entendement, et la faculté d'élire, c'est-à-dire d'affirmer ou de nier, la volonté '. L'entendement n'est pas sujet à erreur, puisqu'il se borne à concevoir les idées, sans y joindre aucune affirmation, aucune nég-ation. En lui n'est pas, par conséquent, la source de l'erreur. L'erreur consiste à affirmer ce qui n'est pas ou à nier ce qui est. Elle vient donc de la seule volonté. Mais comment en vient-elle? Si la volonté ne dépassait pas les limites de l'entendement, toute affirmation serait vraie, car toute idée conçue par l'entendement est claire et distincte. Mais aux idées claires et distinctes se mêlent souvent des idées obscures et confuses, qui ne sollicitent pas moins que les autres l'assentiment de la volonté. Celle-ci cède souvent et accorde aux idées confuses l'affirmation qu'elle devrait réserver aux idées claires. La volonté est en effet infinie % alors que l'entendement est borné, et c'est « dans le mauvais usage du libre « arbitre que se rencontre la privation qui constitue la « forme de l'erreur ^ » Je me trompe donc toutes les fois que j'étends ma volonté, c'est-à-dire mon affirmation aux choses que je n'entends pas ; je suis infaillible si je la contiens dans les limites de l'entendement.

Ainsi comprise et définie, l'erreur n'est pas seulement

Page 1