‹ Descartes [microform]Chapitre 17 sur 94 · DE L ETRE · texte numérisé non relu

DE L ETRE

Oui, dit-il, en mon esprit reste gravée cette vieille opinion : il est un Dieu qui peut tout et qui m'a fait tel que je suis. Qui l'empêche d'avoir ordonné qu'il n'y ait ni terre, ni ciel, ni chose étendue, ni figure, ni grandeur, ni lien; et que toutes ces choses existent cependant, mais différentes de ce qu'elles me semblent?

Kant n'a pas affirmé davantage quand il nous a interdit la connaissance des choses en soi, et enseigné le Phénoménisme.

Le résultat est le même : je ne verrai pas le monde tel qu'il est; je ne le connaîtrai pas en tant que chose en soi. Déjà, cependant, remarquons combien, pour Kant et pour Descartes, le point de vue est différent! Kant a construit entre la réalité et nous un échafaudage de formes vides ; Descartes la suppose également défigurée, mais par un être malfaisant. Je suis trompé ; mais par quelqu'un. Si la Nature et mon esprit sont deux mensonges qui s'accordent, c'est qu'une volonté malicieuse, un démon a réglé ce touchant accord ! Ce n'est plus le Néant qui m'effraie : c'est l'ennemi.

Un Dieu malin, rusé et très puissant met toute son industrie à nous décevoir. Plus de terre, plus de ciel, ni d'air ; plus de couleurs ni de sons : le monde extérieur n'est qu'un songe ; et des embûches sont tendues partout contre ma crédulité. Je n'ai point de sang, point de chair, bien qu'on me Fait fait croire ! Je vais rester attaché à ce dessein : rejeter tout ce qui peut être mensonge, et ne pas me laisser séduire par le démon trompeur.

Laborieux et sévère dessein ! L'indolence naturelle me ramène à mes habitudes. Un prisonnier qui rêve de liberté, et qui commence à soupçonner qu'il dort, redoute d'être éveillé tout à fait, et conspire avec ses douces illusions. Ainsi, dit Descartes, je me laisse retomber dans mes vieilles erreurs; et j'ai peur d*un réveil qui ne me donnera pas la lumière, mais va me jeter dans d'inextricables difficultés!

Page 1