Méditations, p
DE L HOMME
Quant à la substance, nous devons nous en tenir ici au sens adopté par Descartes. Il ne se pose pas cette question : le moi humain est-il distinct de toute autre réalité? Question soulevée par Spinosa, et qui le conduit au Panthéisme. « Toute chose, a dit Descartes, dans laquelle réside immédiatement comme dans son sujet, ou par laquelle existe, quelque chose que nous concevons, c'est-à-dire quelque propriété, qualité ou attribut dont nous avons en nous l'idée, s'appelle substance ^ »
La définition s'applique à Dieu même. « La substance que nous entendons être souverainement parfaite et dans laquelle nous ne concevons rien qui enferme quelque défaut ou limitation de perfection, s'appelle
Dieu. »
Pour rhomme et pour le monde matériel, il semble d'abord qu'il y ait deux substances. « Il y a certains actes que nous appelons corporels comme la figure, la grandeur, le mouvement, et toutes les autres choses qui ne peuvent être conçues sans une extension locale : nous appelons du nom de corps la substance en laquelle ils résident... Il y a d'autres actes que nous appelons intellectuels comme entendre, vouloir, imaginer, sentir. Tous lesquels conviennent entre eux en ce qu'ils ne peuvent être sans pensée, ou perception, ou conscience et connaissance; et la substance en laquelle ils résident, nous disons que c'est une chose qui pense ou un esprit. »
Cependant Descartes reste beaucoup plus sur de l'existence de la substance pensante : celle-là seule lui est
DE l'homme.
immédiatement connue. « Quant aux idées claires et distinctes, dit-il, que j'ai des choses corporelles, il en est quelques-unes qu'il semble que j'aie pu tirer de ridée que j'ai de moi-même comme celle que j'ai de la substance, de la durée, du nombre, etc. Quand je pense que la pierre est une substance, une chose de soi capable d'exister... Quand je pense que je sens maintenant, et que je me ressouviens outre cela d'avoir été autrefois, et que je conçois plusieurs diverses pensées dont je connais le nombre, alors j'acquiers en moi les idées de la durée et du nombre, lesquelles, par après, je puis transférer à toutes les autres choses que je voudrai * . »
Il se peut donc que la pensée trouve en elle-même les idées de substance, de durée et de nombre, et qu'elle les prête pour ainsi dire, et les confère aux objets qui lui semblent extérieurs. La chose qui pense est donc, en ce moment et provisoirement du moins, la seule incontestable réalité.
Quel va être le rôle de cette substance pensante dans riJnivers? Est-elle durable? Est-elle libre et maltresse
de ses actes ? La croyez-vous immortelle ? demande Caterus, prêtre