‹ Descartes [microform]Chapitre 25 sur 94 · Cité par C. Senlroul, Revue de philosophie, \" noT · texte numérisé non relu

Cité par C. Senlroul, Revue de philosophie, \" noT

Chose' Ou bien que la vérité? Ou encore la pensée? Par sa nature même mon esprit saura répondre à ces questions. Mais j'entends un bruit, je vois le soleil, je sens la chaleur du feu. Voici des notions qui me viennent du dehors. Enfin les sirènes et les hippogryphes sont des inventions que je construis. Voici donc trois sortes d'idées : innées, ou adventices, ou fabriquées. Occupons-nous d'abord de celles que je crois provenir du dehors. Pourquoi vais-je croire qu'elles ressemblent aux objets extérieurs?

Rien n'est plus communément admis. Un penchant m'incline vers cette opinion. Oui, un penchant. Mais non point une lumière naturelle. Or, je sais déjà, quand il s'agit de choisir mon bien, qu'il ne faut pas me fier

à mes penchants.

Ces idées ne dépendent pas de ma volonté : la chaleur du feu, par exemple, m'envahit malgré moi. Il n'est pas prouvé cependant qu'elles procèdent de choses placées hors de moi. De même que ces penchants dont je parlais sont en moi, mais hors dé ma volonté, de même il y a peut-être en moi une faculté évocatrice de ce genre d'idées : ne les voit-on pas se former, sans objet extérieur, dans mes songes!

Et ces idées fussent-elles produites en moi par la rencontre d'objets extérieurs, ce n'est pas une raison pour qu'elles doivent leur ressembler. Je vois un soleil de dimensions fort modestes et les astronomes m'apprennent qu'il est plus grand que la terre. Ce n'est donc pas un jugement sûr mais un penchant

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instinctif qui m'a fait croire jusqu'à présent à un monde extérieur, lequel ferait passer en moi des idées ou des images par les organes des sens.

Heureusement, continue Descartes, je possède un autre moyen de savoir si les choses, dont les idées sont en moi, existent hors de moi-même. Allons-nous obtenir de lui, avant la démonstration de l'existence de Dieu, celle de la réalité du monde extérieur? Écoutons-le : le passage est fort curieux.

Si ces idées ne sont que des modes de ma pensée, je n'établis entre elles aucune différence et elles proviennent toutes de la même origine. Mais considérons leurs objets : suivant qu'elles me représentent une chose ou une autre, elles me semblent elles-mêmes être de nature fort différente.

« Celles qui me montrent une substance sont quelque chose de plus considérable, et contiennent pour ainsi parler plus de réalité objective que celles qui ne représentent que des modes ou des accidents ^ »

Nous traduisons littéralement cette dernière phrase du texte latin; elle surprendra d'abord. Qu'est-ce que la réalité objective? C'est celle qui se manifeste dans l'idée que nous avons d'une chose : la réalité ne nous est connue qu'objectivement; elle existe ou formellement ou éminemment dans la chose elle-même. Mais ne nous arrêtons pas à ces distinctions scolastiques. Ce qui nous inquiète en ce moment, c'est la question du plus ou moins

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