CHAPITRE VI
DE LA SOCIÉTÉ
Dans la société telle que nous la comprenons, les holmes conversant ensemble, ont la volonté et le pou- V rarVaider mutuellement. Ils n'en demeurent pas Ils des ares distincts, vivant et pensant séparément.
'♦. nVst oas un être collectif, mais une coUec- / Une société n est pas un .^^ ^^
tion d'hommes, comme une toret esi a ÏLes. La société et la forêt, dans ^^ -n ^ -^^^;: dans le monde matériel, pour la nourriture de leurs pen sces ou pour celle de leurs racines, puiseront des al Tents dans un sol commun à tous. Chaque homme ou Thaql arbre n'en demeurent pas moins une pe^onne
' tstiolo.ues modernes n'en .ugent pas ain. : P^^^^^
eux la Société est un organisme, dont les indmdus ne
"t que les molécules constituantes. Supposez les
hl détachés du sol, ne reposant plus chacun sur^a
racine, mais équarris et cloués les uns au. autres sm^
i' . nr^mnliaué ' représcutez-vous, en un vant un système complique . icj^
\ .T.fP au lieu d'une forêt, et vous pourmot, une charpente, au neu
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DESCABTES.
rez, grâce à ces images, opposer ces deux conceptions Tune à l'autre.
L'esprit de Thomme ne peut se suffire à lui tout seul : quand il l'essaie, il s'aperçoit que toutes ses connaissances sont relatives, c'est-à-dire nulles et qu'en lui le sentiment de la réalité est effacé. Pour sortir de ces nuages, il a besoin d'un point d'appui, d'un levier moral aussi puissant que celui dont Archimède avait besoin pour soulever le monde. Il peut le trouver en l'idée de Dieu : par la connaissance même de sa propre imperfection, il possède la notion de TÊtre parfait. S'il ne veut pas élever en haut ses regards, il les portera autour de lui sur ses semblables, et cherchera en eux une assistance. Dieu ou la Société, il n'y a pas pour l'homme d'autre choix, ni d'autre ressource. Ayant choisi le premier parti, il s'élèvera vers une vérité, une morale, une liberté divines et éternelles; le second le réduira à se contenter dune vérité, d'une morale, d'une liberté qu'on peut appeler sociales et dont la valeur n'est que provisoire.
Essayons de comparer les unes aux autres, et de mettre en présence les objets éternels de la pensée individuelle et solitaire, éclairée par l'idée de Dieu; et les objets fabriqués par la métaphysique sociologique, pour le profit et le progrès de la communauté humaine.
DE LA SOCIÉTÉ
Qu'entendrons-nous d'abord, au point de vue social,
nar vérité? , .
Choisissons une notion très simple : l'espace. Ce n est pas dit Kant, une propriété des choses en elles-mêmes, L ;ne relation des choses entre elles. C'est la forme de tous les phénomènes perçus par le sens externe; la condition subjective sans laquelle aucune percept.on externe n'est possible pour nous.
Acceptons provisoirement cette doctrine. Nous vivons en société. Ma condition subjective est la même que celle des mille et mille personnes que je rencontrerai aujourd'hui dans la ville. Si elles ont lu Kant elles sauront bien que l'espace n'est qu'une forme. Elles se conduiront cependant comme si l'espace était une realité extérieure ; tout se passera, pour nous tous, comme s'il l'était. L'enseignement de Kant ne changera rien, ni aux embarras de la rue encombrée, ni à la leçon du professeur de géométrie. La pratique et la science traiteront l'espace comme s'il existait réellement hors de
"" Et l'espace, en effet, sera devenu tel. Comment cela? Par l'assentiment de tout le monde.
devenons un instant en arrière et expliquons-nous. Quand Descartes est seul à Egmont, ou bien quand le Père Gratry, dans son âme, a fait silence, ils ne peu-
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vent pas se contenter du relatif; car ils sont isolés; en dehors d'eux, une existence relative n'est rien; et ils n'ont le choix qu'entre le néant, qui n'est pas concevable, et l'absolue réalité.
Au contraire, quand je converse avec mes semblables, je vis dans le relatif; il se confirme, s'impose à moi : il devient le réel et l'absolu, du moins socialement parlant. Taine a parlé d'hallucination vraie; l'hallucination devient vraie, quand de nombreuses personnes en sont frappées en même temps et de la même façon. Il n'y a plus de fantôme, lorsque tous ensemble nous voyons apparaître le fantôme. Ainsi l'espace, simple forme pour moi seul, existera cependant pour la société prise dans son ensemble; il existera autant qu'elle.
On peut dire que les formes ou les phénomènes, qui sont formes ou phénomènes pour tout le monde, deviennent, de par l'assentiment général, des choses en soi
provisoires.
Examinons maintenant un objet plus élevé et plus complexe : l'homme. On se rappelle que, suivant Kant, « Je pense » n'exprime qu'une opération intellectuelle. Kant ne tire pas cette conclusion « Je suis ». Et Renouvier a pu dire, d'après Kant* : « Tout ce que je suis moimême, mon corps et ma pensée, n'est que phénomènes qui ne sont rien en soi et dans lesquels il n'y a rien de déterminable et de saisissable, rien de ce que l'ancienne métaphysique appelait des âmes ou des personnes. »