‹ Descartes [microform]Chapitre 38 sur 94 · Contrat social, p · texte numérisé non relu

Contrat social, p

DE LA SOCIETE

ioui*s des personnes habiles, ou des comités fort restreints en nombre qui s'en prétendront les interprètes, et qui, sous prétexte de la faire triompher suivant les temps, tantôt dresseront les listes de proscription du comité de salut public; tantôt rédigeront les fiches secrètes qui privent tant d'hommes de servir l'État, et tant de pauvres gens de compter sur son assistance.

Le préjugé de la volonté générale est au fond des mesquines tyrannies de notre époque ; il était au fond des fureurs mystiques de Robespierre; il inspira encore l'universelle ambition de Napoléon. Quand l'Empereur distribuait à ses frères ou beaux-frères des couronnes bien mal à propos enlevées à des rois indigènes encore plus humblement asservis, d'étranges discussions de famille s'élevaient : il n'admettait pas que Naples, ou Madrid ou La Haye conservassent une tradition, une préférence, un intérêt particulier.

Les nations diverses devaient à ses yeux s'incliner devant une volonté générale : elle était la leur, même à leur insu, et une épée triomphante la leur avait heureusement révélée. Quelle illusion de la force !

Une même nation, si elle veut mettre en pratique la liberté, ne peut pas davantage tolérer le signe d'une prétendue volonté générale. Il n'y a pas de liberté, pas de parlement sans les partis. Un parti se met au service d'une cause, et n'est pas une coterie gouvernée par des intérêts particuliers. Mais, du régime parlementaire, Rousseau ne connaît que le conseil communal de Genève. « Plus le concert, dit-il, règne dans les assem-

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hlées, c'est-à-dire plus les avis approchent de Tunaiiimité, plus aussi la volonté générale est dominante ^ » Cela est trop évident; mais comme cette unanimité ne se produit pas, il faudra découvrir ( par quelle incantalion magique? en consultant quelle Sibylle?) la volonté générale et Timposer. Or si Ton est sincère, c'est en vain

qu'on la cherchera.

11 y aura toujours dans une société des esprits attachés aux traditions, et des chercheurs de nouveautés. Guillaume le Conquérant, au lieu de laisser se fondre peu à peu les usages, pouvait-il proclamer en Angleterre qu'il n'y aurait désormais qu'une seule volonté gênéraie, enveloppant les regrets des Saxons et les ambitions des Normands? Et quand les intérêts sont en jeu, et ils ont dans la politique une part légitime, verra-t-on jamais une même volonté générale régner chez les agriculteurs, les négociants des villes et les industriels?

La Société s'établit grâce à des accords, choisis entre mille accords possibles, et conclus entre les volontés particulières. Sans ce libre choix, il n'y a pas de contrat social. La Société n'est qu'une collection : tant valent les individus séparés, tant vaut cette collection. La condition certaine de l'avenir et de la grandeur d'une nation consiste à laisser grandir les générations dans leur indépendance, dans leur fierté, sans moulage u.-iforme, prêtes à discuter, à modifier s'il le faut un pacte social toujours perfectible.

DE LA SOCIÉTÉ

Persistons donc à affirmer qu'il existe une vérité sans avantages, une morale sans récompenses, une liberté même contraire à la volonté générale. Mais alors sur quels fondements nous appuierons-nous?

Nous ne pouvons plus nous contenter des réalités qui ne se produisent qu'au point de vue collectif et social, à savoir : un espace créé par le langage usuel ; une vérité , une morale , façonnées au profit de la société ; un moi qui, dans la société, n'est plus libre; un Dieu, enfin, qui serait la Société elle-même.

Cherchons s'il est des réalités éternelles; et revenons, pour nous en convaincre, à la 3« Méditation de Descartes : De Deo : quod existât.

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