‹ Descartes [microform]Chapitre 42 sur 94 · Dialectique transcendentale · texte numérisé non relu

Dialectique transcendentale

DKSCARTES. ^

,lb

s'il y a un être nécessaire. On définit en paroles (cela est aisé) la chose dont la non-existence est impossible à concevoir. Il faudrait définir aussi les conditions qui nous rendent cette conception impossible. « Ou bien, sous le nom d'être nécessaire, nous ne pourrons dire si nous pensons à quelque chose ou à rien du tout. » Vous cherchez aussitôt des exemples à citer. Une proposition géométrique, celle-ci par exemple : « Tout triangle a trois angles », est absolument nécessaire.

„ Mais cet exemple est tiré d'un jugement, non d'une chose existante. La nécessité d'un jugement n'a rien de commun avec l'absolue nécessité d'une chose. Ce n'est qu'une nécessité conditionnée par la chose choisie pour servir de prédicat au jugement. »

11 y a trois angles, s'il y a triangle. Mais je ne voyais rien, a déjà dit Descartes, qui m'assurât qu'il y eût au monde aucun triangle*.

Est-il utUe d'entrer dans ces détails logiques? Dire : tout triangle a trois angles; ce n'est pas énoncer une chose; ce n'est pas même porter un jugement. Cest commettre simplement un pléonasme. Seulement m saint Anselme, ni Descartes ne l'ont commis; ils ne sont pas tombés dans une pareille erreur.

A Kant, comme à Thomas Reid, ils pourraient repondre : Quand nous affirmons l'existence de Dieu, nous ne portons pas un jugement ; nous ne raisonnons pas à proprement parler; nous avons. une vue directe. Nous

l. Discours sur la Méthode, V partie.

DE DIEU

nous sommes vus nous-mêmes, imparfaits; et aussitôt nous est apparue la perfection qui nous manque. Nous n'inventons pas un être, dont la perfection serait la condition, comme les trois angles sont la condition du triangle. Non : noire esprit n'a pas recours à une invention. Il conçoit d'abord, in intelleclu, l'Être parfait. Cet Être existe m re, dit saint Anselme ; autrement il ne serait pas parfait. L'idée de cet être contient plus de réalité qu'aucune autre, dit Descartes. Et au fond, le langage des deux philosophes est le même.

Descartes, jusqu'à présent, n'a proposé aucun syllogisme; U a seulement tiré parti de « ces illustrations que notre esprit reçoit de son créateur, et sans lesquelles il ne serait pas capable de raisonner. J'avoue, écnt-il au Marquis de Newcastle', qu'elles sont un peu obscurcies par le mélange du corps ; mais encore nous donnent-elles une connaissance première, gratuite, certaine, et que nous touchons de l'esprit avec plus de confiance que nous n'en donnons au rapport de nos yeux... Cette connaissance n'est pas un ouvrage de votre raisonnement, ni une instruction que vos maîtres vous aient donnée; votre esprit la voit, la sent, et la manie. Quoique votre imagination, qui se mêle importunément dans vos pensées, en diminue la clarté, la voulant revêtir de ses figures, ne doutez pas... de la capacité de nos âmes à recevoir de Dieu une connaissance intuitive ».

Page 1