‹ Descartes [microform]Chapitre 43 sur 94 · Avril 1C · texte numérisé non relu

Avril 1C

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Pascal n'accorde pas à nos âmes une si haute destinée. Il a dit de l'homme : « S'il se vante je l'abaisse ; s'il s'abaisse je le vante et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible. »

Et il l'abaisse bien plus souvent qu'il ne le vante. Avons-nous besoin de rappeler tant d'ironies sublimes : le grain de sable dans le rein de Cromwell, ou bien le nez de Cléopâtre ; puis, en présence des astres « qui roulent dans le firmament des sphères infinies .. et de toutes ces « conceptions que nous enflons en vain, n'enfantant que des atomes au prix de la réalité des choses... l'imperceptible ciron qui a des jambes, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang; l'immensité de la nature dans l'enceinte de cet atome imperceptible; un abîme nouveau ». Et enfin l'homme « comme suspendu entre ces deux abîmes

de l'infini et du néant ».

Cette admirable éloquence est surtout dépensée à montrer notre petitesse matérielle. De cela Descartes ne s'est jamais inquiété : les dimensions de notre corps, la place que nous occupons dans l'espace importent-elles beaucoup ànotre vraie grandeur? Il est trop vrai qu'un grain de sable nous tue ; et que souvent le nez de Cléopâtre a fait commettre des folies. Mais quoi? Parce que notre demeure en l'Univers est mesquine, ou parce que

DE DIEU

les passions quelquefois nous emportent, ou parce que nos reins sont mal bâtis, l'édifice de nos connaissances sera-t-il fragile? Et notre existence même sera-t-elle mise

en question?

Descartes a prononcé les mêmes paroles : « Je sms comme un milieu entre Dieu et le néant, entre le souverain Être et le non Être'. » Mais alors ni les astres du ciel ni les cellules microscopiques ou les globules du sang ne l'occupaient : que pouvaient avoir de commun avec son esprit ces grandeurs relatives? Il nous a dit ce qu'il en pensait^ : « Quant aux idées que j'avais de plusieurs choses hors de moi comme du ciel et de la terre, ne remarquant rien en elles qui semblât les rendre supérieures à moi, je pouvais croire que si elles étaient vraies, c'étaient des dépendances de ma

nature. » *

A la vérité, Pascal s'est opposé à lui-même cette superbe répUque : « Quand l'Univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue : car il sait qu'il meurt et l'avantage que l'Univers a sur lui, 1 Um-

vers n'en sait rien ! »

Mais il n'a pas repris confiance. Car, d'autre part, il a

écrit i « L'intelligence de l'homme tient, dans l'ordre des

choses inteUigibles, le même rang que son corps dans

l'étendue de la nature, et tout ce qu'elle peut faire est

d'apercevoir quelque apparence du milieu des choses,

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