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Dicours sur la Méthode, 4« partie

DE DIEU

dans un désespoir éternel d'en connaître ni les principes, ni la fin... Cet état qui tient le milieu entre les extrêmes, se retrouve en toutes nos puissances. »

Nous pouvons clore, après cette citation, le dialogue, car Descartes n'eût jamais accepté une pareille assimilation. Rappelons-nous le jugement qu'il porte sur luimême : « Je suis une chose qui pense ; Je ne ne suis pas autre chose et tout ce qui, le plus près de moi, en mon corps même, est autre chose, n'est point moi. »

Descartes, et tout autant que lui saint Anselme sont des intellectuels, confiants en la raison, inaccessibles à la mélancolie, ignorant le pessimisme. Ce ne sont pas des mystiques. Leurs intuitions ne sont pas des visions. Ils peuvent encore moins être cités comme exemples d' « expérience religieuse » par les auteurs contempo-

rains,

Voici un mot qui a été inventé par M. William James; et M. Boutroux dans des articles de la Revue de Métaphysique nous a donné une lumineuse analyse de la doctrine du philosophe américain. Nous la résumons ici.

L'expérience psychologique qui déborde de beaucoup l'expérience physiologique nous montre des altérations de la personnalité. Autour du foyer de la conscience règne une région moins éclairée, moins fermée aussi. Ces frontières incertaines pourraient se comparer à des ondes lumineuses qui vont s'élargissant ; ou bien à une large auréole autour d'une figure. Le bord extrême de l'auréole n'est pas imperméable aux autres rayons, ne les reflète pas, ne les renvoie pas; et dan<î cette région

que le psychologue Myers appelle subliminale, nous pouvons prendre conscience d'un autre Etre plus prand que nous. La conscience religieuse, dit M. Boutroux, c'est la conscience humaine ayant l'impression qu'elle communique avec Dieu.

Quand on a compris, en lisant l'excellent livre de M Georges Michelet ', les définitions de la transcendance et de l'immanence, on apprend que l'idée de Dieu a été présentée par James sous une troisième forme : Dieu tangent à l'âme humaine.

Nous songionsun jour àces trois degrés dans la connaissance de Dieu en regardant, au Musée de Madrid, les peintures célèbres du Greco. Dans le « Baptême du Christ ,., la terre n'occupe que. la moitié du tableau. Dieu, les anges, les séraphins emplissent un paradis ouvert et visible. Le peintre a exprimé l'idée d'un Dieu transcendant à notre univers. Dans le « Crucifiement », le ciel s'est refermé; le dialogue de l'amour et des douleurs, du sang et des larmes se poursuit en ce monde; Dieu ne se montre plus comme objet de connaissance en dehors et au-dessus de nos âmes : il est immanent à l'humanité. Dans « le cénacle », la Vierge et les apôtres réunis occupent encore tout le tableau; mais de petites flammes à peine visibles viennent éclairer leurs fronts : symbole de Dieu tangent à nos âmes ; et de l'expérience religieuse décrite par M- William James. Le Dieu de saint Anselme et de Descartes esttranscen-

1. Georges Michelet, Dieu et lagnosticisme contemporain, Paris, 1912.

DES CARTES

dant au monde et à Thomme. Descartes ayant eu la connaissance et de lui-même, et d'une foule d'autres objets composant le monde, a laissé sa raison abattre tous les objets de sa connaissance, sauf un seul, qui est le moi, resté debout au milieu des ruines du monde. Il s'est dit ensuite : « Je doutais, et par conséquent mon être n'était pas parfait. Car je voyais clairement que c'était une plus grande perfection de connaître que de douter 1. » Ainsi sa raison convaincue de sa propre faiblesse, a besoin de l'idée de l'Être parfait; sans lui elle devient incertaine de tous les objets extérieurs, et ne reste assurée que de sa propre existence. Mais elle ne saurait douter de l'existence de l'Être parfait, car « tenir cette idée du néant, c'est chose manifestement impossible 2 ».

Notre philosophe, heureux de cet appui souverain et des vérités découvertes, n'a rien de la piété d'un moine qui cherche des consolations religieuses, au milieu des rudesses de la Vie. Sa foi en Dieu est un acte de raison et non un élan de tendresse. Encore moins va-t-il risquer des excursions dans le subconscient et le subliminal. Il n'y a rien dans ces régions qui puisse être exprimé clairement et distinctement; rien par conséquent qui mérite l'attention de Descartes.

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