p. 95, t. Il, édition Faugère
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préalables : « ens a se ... U existe, dirait saint Anselme, par son essence même. Mais, ajoute Leibnitz, « qu entend-on par l'essence de la chose? C'est ce qui fait, en particulier, sa possibilité. L'idée de Dieu devient alors lidée de l'Être qui doit exister, par ce seul fait qu U
est possible.
Désormais contre l'idée de Dieu, la seule ressource sera de nier la possibiUté de l'Être. On verra plus loin avec quelle force M. Bergson démontre, comme d'ailleurs l'a fait Descartes, que le néant est impensable ; aucune métaphysique ne peut conférer l'antériorité, suri Etre, au néant. Et on peut avoir l'assurance que lorsqu Us parlent de l'Être, Leibnitz, aussi bien que Descartes, ne considèrent pas le cours des astres ni les marées de l'Océan ; mais l'Être intelUgent et libre.
Les démonstrations de la philosophie ne peuvent pas être suivies d'un coup d'œil rapide, ni jugées d'un seul mot. La philosophie ne ressemble pas à l'algèbre : tous les termes qui figurent dans ses raisonnements ne sont pas des noms ou des signes, mais des réalités concrètes. Dès lors, quand on veut suivre un raisonnement philosophique, la difaculté ne consiste pas à savoir passer d'un terme à l'autre, ni à tirer une conclusion; mais a acquérir de chacun des termes pris isolément, la complète intelligence. Or ces termes ne sont rien moins que l'Être, le moi, la liberté, l'infini. Il est des problemesdont lasolution apparaît tout de suite,les prémisses étant posées; mais dont les prémisses peuvent occuper les méditations de toute une vie.
Il arrivera de même en physique qu'mie loi concernant rénergie électrique ou calorifique soit énoncée et même comprise par un étudiant, qui ne possède pas une notion adéquate de ce qu'expriment ces mots énergie, chaleur ou électricité : il aperçoit la forme de la loi, il n'en possède pas le sens profond.
A plus forte raison, en philosophie, les démonstrations presque semblables, et se confirmant Tune Tautre, données par Descartes, saint Anselme ou Leibnitz, peuvent n'ofTrir à beaucoup d'esprits que la valeur d'un illustre témoignage, et ne servir qu'à indiquer une direction. Tenons cependant pour certain que Descartes, saint Anselme ou Leibnitz, étant en complète possession des don* nées du grand problème, estimaient ces démonstrations aussi solides et décisives qu'aucune de celles de la mécanique ou de l'astronomie.
Au jugement de Descartes, l'existence de Dieu, certitude primordiale, précède toutes les autres certitudes ; elle leur sert de fondement; elle garantit la réalité objective du monde extérieur; elle atteste la vérité des lois que la science découvre.
Comment donc Pascal a-t-ilpu écrire ces lignes : « Je ne puis pardonner à Descartes : il aurait bien voulu dans toute sa philosophie pouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement. Après cela il n'a que faire de Dieu^ »
1. Cité par V. Cousin. Rap|>orl à l'Académie française sur rulilité d'une nouvelle (édition des Pensées.
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Il n'a que faire de Dieu, qui est pour lui la source ,e toute connais^nce et le garant de tout - -— ^ U respect dû à un grand homme empêche de dire tout ce qu'on pense d'un pareil propos. 'tescarL aiil, d'ailleurs, avec tant d'.mpor anee mis en avant l'argument du primum movens? H con "Lait l'inertie, qui continue le mouvement aussx bxen I le repos. Toujours, dans les Premiers Prrnc.pes,.l ^représente, dans l'espace plein, toute la masse romple et toutes les parties en mouvement. Nous Im d Lnderons en vain l'origine de ce mouvement de ce que Pascal appelle la première chiquenaude car .1 : 'est pas supposé en présence d'un esp- Pl^matière immobile, et attendant une -P- --;;^;;'^ est le moteur, c'est parce qu'il est en même temps le
Itrirtes s'exprime ainsi dans les Prem^ers Prin-
T ■' Par sa toute-puissance il a créé la matière avec ,e mouvement et le repos de ses parties, et .1 conse. maintenant en l'univers par son -c-rs ordmaxre autant de mouvement et de repos quUy en a mxs
'' :";W'n a rnis en plusieurs façons différent^ les parties de la matière lo.qu'il les a c-es e^u les maintient toutes en la même façon et av c les même lois qu'il leur a fait observer en leur création, il con serveTncessammenten cette matière une même quantité
de mouvement. »
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C'est le principe du Mécanisme, et la condamnation de la spontanéité ou de la contingence, en tout ce qui n'est pas l'Être intelligent et libre.
Mais, sur le premier départ, et au sujet de Dieu créateur ou moteur, Descartes a peu écrit. Au contraire sa pensée s'attache constamment à Dieu accompagnant et soutenant la création. Chaque instant de la vie du monde est une création nouvelle ; et chaque moment de la pensée de l'homme est une inspiration puisque, sauf cette seule affirmation « je suis, quand même je me trompe sur tout le reste )>, il n'ose répondre d'aucun objet, même clairement et distinctement vu, sans s'aider de la conviction que l'Être parfait ne le trompe pas.
Cette profonde notion de l'Être, dans sa perfection, est au fond de toutes les pensées de Descartes. C'est par elle qu'il triomphe du Relativisme, et se sent en présence de la réalité concrète et vivante : sans elle, il n'écrirait ni les Météores, ni ÏOptique, ni même la Géométrie. C'est cette même notion qu'il exprime par cette parole superbe : « Du connaître à l'Être la conséquence est bonne ». C'est elle encore que tous les commentateurs de Descartes ont traduite par ces mots : véracité divine. Comment Pascal a-t-il pu écrire : Descartes n'a que faire de Dieul
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