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prenons ou ne prenons point plaisir, suivant notre culture et nos dispositions. Mais l'adhésion que nous donnons au géomètre ou au mécanicien ne dépend pas de notre plaisir. Elle est obligée. Il a découvert en sa raison, en lui-même, une vérité toute simple, que personne n'avait vue et de laquelle chacun dira dès qu'il y aura
pensé : cela est ainsi I
Descartes ne connut jamais la mélancolie romantique, ni le pessimisme. « J'avais éprouvé, dit-il, de si extrêmes contentements depuis que j'avais commencé à me servir de cette méthode, que je ne croyais pas qu'on pût en recevoir de plus doux et de plus innocents en
cette vie. »
Mais il ne s'était pas mis avidement à la poursuite du bonheur : il le rencontra sur son chemin .
Comparez le Discours de la Méthode au traité théologico-politique de Spinosa. Descartes veut savoir. Spinosa veut être heureux : et tout ce que ce dernier attend de sa philosophie, c'est le bonheur.
Descartes, loin de là, apporte dans la recherche de la vérité sou esprit militaire. Jamais on ne voit poindre, je ne dirai pas la vulgaire ambition ou l'intérêt, mais le souci du bien-être ou matériel ou moral. Il subit vaillamment les angoisses profondes auxquelles il a voulu s'exposer. Arracher de sa mémoire et de sa raison les leçons de ses maîtres ; douter de ses sens et de la réalité qu'ils attestent, c'étaient des entreprises héroïques. Il les accomplit simplement, et comme « en service commandé ». Il fait le siège de la vérité, dessi-
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nant tranquUlement ses Ugnes d'approche, sans jamais nous faire part de ses convenances ou de ses désagréments personnels. Il s'est défini lui-même : une chose qui pense ; non pas une chose qui souffre ou qux se réiouit. Ces caractères-là sont, à ses yeux, négligeables. A la Haye-Descartes, où j'ai voulu faire un pèlerinage, le souvenir du grand homme s'est conservé surtout à cause d'une fête municipale donnée en l'honneur du « Philosophe » (c'est ainsi qu'on le nomme), en
Vendémiaire an XI. , , j ,i
Le programme imprimé sur le papier de chandelle, et avec l'encre baveuse employés pendant la période révolutionnaire, est appendu au mur de la grande salle de la Mairie. Descartes eut sa part, le programme 1 atteste, des honneurs à la mode en ce temps étrange : promenade de buste, vieillards en blanc, entants couronnes de roses, autels de la patrie, hymnes et discours; fête donnée suivant les rites de l'antiquité romaine; mais agrémentée de coups de canon, embellie par la presence de la garde nationale, des juges de paix de l'arrondissement, des receveurs de l'enregistrement, et
surtout du général Préfet.
Ces honneurs civiques ne furent rendus à Descartes que dans sa ville natale; encore ce fut en l'an XI, au declm du régime, probablement sur un mot d'ordre donne par le Premier Consul au général Préfet. Faible tr omphe à côté des hommages populaires prodigués à Voltaire et à Rousseau 1 Le « Philosophe » ne régna que dans sa petite ville, d'un règne tardif et court.
Aujourd'hui, toujours dans la grande salle de la mairie, est placé son portrait. C'est la belle gravure d'Edelinck, d'après le tableau de Hais ; image moins vivante que dans l'original, mais aussi moins crispée par l'âpre dédain. Les yeux sont francs et bons, et il semble que le pli de la bouche exprime le noble mépris des difficultés vaincues, peut-être aussi celui des vains honneurs, mais non le mépris des hommes. La devise favorite est inscrite sous le portrait : « Bene vixit qui bene latuit ».
A droite et à gauche de Descartes, et même un peu plus bas, ce qui indique chez le conseil municipal le juste sentiment des diflPérents mérites, et un certain degré d'indépendance, étaient clouées, il y a quelques années, deux grandes héliogravures, où nous avons reconnu M. Félix Faure et M. Loubet.
L'église paroissiale, Saint-Georges, est celle où René Descartes fut baptisé. De son temps existait une autre paroisse, Notre-Daoae, aujourd'hui devenue grenier à fourrages. Le chevet de Saint-Georges garde quelques traces de guirlandes romanes autour du cintre des fenêtres. Mais à l'intérieur les murs blanchis, et les vitraux neufs, éclatants, chassent toute image du passé.
La ville est peu jolie ; située, comme l'a minutieusement indiqué Baillet, à moitié chemin de Poitiers à Tours, un peu à l'ouest, aux bords de la Creuse. Mais la vallée de la Creuse n'a point encore les beaux aspects qu'on y trouve un peu plus loin ; et le pays assez plat
qui l'entoure ne mérite pas encore le nom de jardin de France et n'a pas les charmes des bords de l'Indre. Le bon Baillet nous parait avoir trop exalté les beautés de la terre natale de Descartes, et peut-être aussi les grandeui-s de sa famille.
On montre, dans une rue étroite, la maison où il naquit.
En Normandie une maison de ce peu d'importance eût été faite de terre et dç poutres sculptées ; celle-ci a été bâtie, d'après le même modèle, en pierres tendres de la Loire, matière trop monumentale pour un très petit édifice. Les fenêtres et le pignon du toit montrent les gracieux ornements de la Renaissance. Le plan est, nous dit-on, celui de la plupart des demeures tourangelles d'alors, maisons de ville ou petits châteaux : une entrée basse, à la voûte sculptée ; un escaUer tournant, et au premier palier deux portes, celle de la salle commune, et celle des chambres. Et nous entrons dans la chambre, au plafond porté par d'antiques poutrelles, à la fenêtre en ogive donnant sur la rue, à la haute cheminée de pierre sculptée où les maîtres d'à présent ont niché un poêle de fonte ; chambre en laquelle René Descartes est venu au monde, et en laquelle, peu de jours après, la pauvre Jeanne Brochard, sa mère, a rendu l'esprit. Naissance et mort dont les souvenirs sont consignés sur les registres de l'ÉgUse paroissiale
de Saint-Georges.
Au pied de la maison est un petit jardin, en terrasse, dominant de très peu les toits voisins, qui descendent
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vers la rivière. Quatre carrés d'oignons et de choux sont bordés par des plates-bandes de giroflées et de verveines. Et le visiteur songe à an enfant très chétif qui, dans ce petit jardin, a fait ses premiers pas.
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