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De quelle matière sont faits le soleil et les étoiles fixes?
Tous les angles, ou plutôt tous les trièdres sphériques qui se sont détachés lors de la débâcle ont été rompus et écrasés entre d*innombrables meules. Ces raclures, comme dit Descartes, réduites en poussière impalpable et agile, glissent dans les interstices. C'est là le premier élément; et la matière des cieux, remuante et liquide, mais moins agitée et rapide que celle-ci, est le second élément.
Le premier élément, celui de la source lumineuse ou du soleil, repousse autour de lui les particules du second élément. Ce sont de petites boules, tournant très vite autour du soleil, poussées loin de lui en lignes droites, mais retenues par leurs voisines comme l'est la pierre dans la lanière de la fronde. Et plus l'excitation venue du centre sera vive et leur mouvement rapide, plus la pression sur les petites boules voisines augmentera, comme lorsque la fronde tourne plus vite.
Cette agitation circulaire, cette propension à s'éloigner du centre, mais sans déplacement en ce sens, n'est pas encore l'ondulation. Ce mot n'a été prononcé que de nos jours ; le mot de vibrations même apparaît pour la première fois dans un petit traité de musique par D'Alembert. Cependant remettons sous nos yeux la fronde ; balançons la pierre au bout de la lanière, et voici le mouvement d'une onde; faisons-la tourner et voilà un tourbillon. Dans les deux cas le mouvement pourra se transmettre, de proche en pro-
DU MÉCANISME
che, sans translation de matière, sans émission. Onde ou tourbillons, agitation sans déplacement, propagée à travers un milieu continu; l'idée est la même sous deux formes différentes ; et la théorie des ondulations qui remplit toute la Physique moderne est directement issue des tourbillons de Descartes.
Le second élément remplit l'espace interstellaire. C'est celui que nous appelons éther. D'après Descartes, ses atomes sphériques tournent, retenus par les voisins, encore à la manière de la pierre de la fronde; si la corde se rompait, c'est-à-dire si un espace libre s'ouvrait, elles partiraient en ligne droite en vertu du principe d'inertie; principe connu de Descartes, ignoré des anciens Grecs qui déclaraient le mouvement circulaire le plus naturel et le plus noble.
En vertu de ce principe, la matière du second élément, entraînée en tourbillon autour d'un centre, tend à s'éloigner de ce centre et y laisse un espace vide, que Descartes démontre devoir être sphérique : espace, bien entendu, vide du second élément, car il n'y a point de vide absolu, la matière et l'étendue étant une même chose. L'élément premier, fait de poussière et de raclure, afflue aussitôt par les pôles du tourbillon et emplit la sphère centrale. Ainsi se forme un soleil ou étoile fixe, et chaque soleil est ainsi enveloppé d'un grand tourbillon de matière mouvante, d'un ciel liquide. Liquide et tournoyante, telle est la matière
des cieux.
Gomment se fait la rentrée du premier élément par
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DESCARTKS.
les pôles? Un ciel qui tourne rencontre d'autres cieux : les tourbillons se touchent et se pénètrent. Supposons que le nôtre, vers ses pôles, vers les deux bouts de son essieu, suivant le mot de Descartes, soit tangent à l'équateur de deux autres tourbillons ; aux pôles la poussée du dedans au dehors est presque nulle ; elle est très grande à Féquateur; il y aura donc manque d'équilibre et courant de matière échappant aux tourbillons voisins est aspirée par les pôles du nôtre. Pourquoi sera-ce la matière du premier élément plutôt que du second? Parce qu'elle est plus fluide, plus rapide, plus apte à couler par le passage ouvert.
En même temps se produit un mouvement inverse : la matière du premier élément entre dans le tourbillon par ses pôles ; elle en sort de toutes parts et surtout aux environs de Féquateur, poussée par la force centrifuge ; elle filtre à travers les mailles du second élément et si eUe rencontre nos yeux, elle y produit l'impression de la lumière. Ainsi, bien que cette vérité puisse sembler u fort paradoxale à plusieurs », dit Descartes S « ces mêmes propriétés ne laisseraient pas de se trouver en la matière du ciel, encore que le soleil ou les autres astres autour desquels elle tourne, n'y contribuassent en aucune façon ».
Supposez le réservoir épuisé : la pluie lumineuse continuera de tomber à travers le ciel. Les savants de nos jours ne parleraient pas autrement d'un astre éteint